Espagne : la téléréalité sur le banc des accusés

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Une jeune femme a été assassinée par son ex-fiancé quelques jours après sa participation à une émission de téléréalité, El Diario de Patricia, au cours de laquelle elle avait éconduit ce jeune homme de 31 ans qui la demandait en mariage.

Il ne s’agit pas du premier fait divers tragique lié à cette émission populaire lancée en 2001 sur la chaîne commerciale Antena 3 et suivie quotidiennement par près de 1,7 million de téléspectateurs. Depuis une dizaine d’années, plusieurs drames conjugaux ainsi dévoilés sur un plateau de télévision se sont conclus par un homicide quelque temps après. L’Espagne, plus que les autres pays européens victimes de ce phénomène de société, lutte avec sérieux contre la violence conjugale. Le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel en Andalousie, Manuel Angel Vázquez, fustige les producteurs de ce type d’émission et l’association des téléspectateurs de Catalogne souhaite l’arrêt définitif du Dario de Patricia dont les responsables ont invité, sans le savoir, sur un plateau de télévision, un homme qui venait d’être condamné à onze mois de prison pour mauvais traitements, peine doublée d’une interdiction de rencontrer son ex-compagne pendant une période de deux ans. A la demande du gouvernement espagnol, les chaînes commerciales sont priées de prendre part à la lutte contre la violence conjugale, en évitant, notamment, de mettre la victime en présence de son bourreau.

L’Espagne est le premier pays européen à s’être doté, en 2005, d’une loi apportant aides et protections aux femmes victimes de violence conjugale. Pas moins de 70 assassinats ont été commis entre janvier et novembre 2007, plus qu’en 2006. Il faut néanmoins noter que le nombre de victimes, rapporté à la population, est supérieur en France.

Sources :

  • « La télé pousse-au-crime ? », François Musseau, Libération, 23 novembre 2007.
  • « En Espagne, une émission de télé-réalité conduit à un meurtre », Cécile Chambraud, Le Monde, 27 novembre 2007.
  • « La mort en direct (ou presque) », Courrier international, 4 décembre 2007.

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