News Corp. revient dans le capital de Premiere pour s’imposer comme le leader de la télévision payante en Europe

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Les relations entre le groupe de Rupert Murdoch et la chaîne allemande à péage Premiere s’inscrivent dans la stratégie de long terme du géant mondial de la communication pour s’imposer en Europe face à son concurrent, le groupe Canal+ détenu par Vivendi Universal.

A la fin 1999, News Corp. était entré une première fois dans le capital de Premiere, à hauteur de 24 %, quand la chaîne à péage allemande faisait partie de l’empire Kirch. En 2001, alors que le groupe Kirch était au bord de la faillite, News Corp. avait essayé de récupérer le milliard d’euros investi dans Premiere en faisant jouer une option de vente, ce qui a finalement précipité la chute du groupe Kirch en 2002 et obligé News Corp. à déprécier à zéro sa participation dans Premiere à la fin de l’année 2001.

Depuis 2002 et l’arrivée de Georg Kofler à la tête de Premiere, la chaîne a connu un spectaculaire redressement, sa base d’abonnés passant de 2,6 millions à plus de 4 millions d’abonnés en 2007. Elle a toutefois été menacée une première fois avec la perte, en 2005, des droits de retransmission de la ligue allemande de football, la Bundesliga, pour la période 2006-2009, au profit de sa concurrente Arena. Toutefois, Arena n’étant pas parvenue à rentabiliser son investissement dans le football, un accord était trouvé le 8 février 2007 permettant à Premiere de diffuser de nouveau les matchs de la Bundeslinga. A cette occasion, le câblo-opérateur Unity Media, qui contrôle Arena, était monté à hauteur de 16,4 % dans le capital de Premiere (voir le n° 2-3 de La revue euro- péenne des médias, printemps-été 2007).

Le football a fait douter une nouvelle fois Premiere, après l’annonce par Leo Kirch, en octobre 2007, du rachat par son groupe Sirius des droits de la Bundesliga pour la période 2009-2015, moyennant 3 milliards d’euros, droits que l’ancien magnat allemand compte commercialiser au meilleur prix auprès des chaînes.

Une envolée des droits du football en Allemagne n’étant pas à exclure, Unity Media a décidé de se séparer de sa part de capital fraîchement acquise dans Premiere. A cette occasion, et moyennant 287 millions d’euros, Rupert Murdoch a donc renoué avec la télévision payante en Allemagne en annonçant, le 7 janvier 2008, le rachat des 14,6 % du capital de Premiere détenus par Unity Media. Avec cette entrée au capital de Premiere, qui pourrait annoncer un renforcement de News Corp. dans la chaîne à péage, le groupe de Rupert Murdoch distance Canal+ sur le marché européen de la télévision payante en Europe. Avec BSkyB en Grande-Bretagne, Sky Italia en Italie et désormais Premiere en Allemagne, News Corp. revendique en effet environ 17 millions d’abonnés en Europe, quand le groupe Canal+ s’appuie sur ses 10,3 millions d’abonnés aux offres de Canal+ en France et son million d’abonnés polonais à Cyfra+ . Par ailleurs, l’entrée de News Corp. au capital de Premiere modifie les relations de force sur le marché allemand des droits du football, le groupe de Rupert Murdoch étant positionné également sur le football britannique et italien, position stratégique dans les négociations face à Leo Kirch, dont la chute avait été précipitée par le retrait de News Corp. du capital de Premiere il y a de cela sept ans.

Sources :

  • « La chaîne allemande Premiere pourrait changer de mains », Grégoire Poussielgue, Les Echos, 17 octobre 2007.
  • « Un million de foyers polonais reçoivent l’offre de Cyfra+ », Tele Satellite et Numérique, 1er décembre 2007.
  • « Murdoch rachète 15 % de Premiere au nez et à la barbe de Canal+ », Paule Gonzales, Le Figaro, 8 janvier 2008.
  • « News Corp. revient en force en Allemagne », I.R., La Tribune, 8 janvier 2008.
  • « News Corp. revient en force dans la chaîne allemande Premiere », Grégoire Poussielgue et Jamal Henni, Les Echos, 8 janvier 2008.

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