Le programme de recherche européen Quaero bénéficie d’une aide financière

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Conçu pour contrer la domination mondiale de Google, le programme de recherche portant sur l’indexation des contenus multimédias Quaero (« je cherche » en latin) a reçu l’aval de Bruxelles par le biais d’une autorisation de financement public, à l’initiative du gouvernement de la France, pour un montant de 99 millions d’euros.

Lancé en avril 1995 par un consortium de 23 partenaires dont France Télécom, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et le moteur de recherche français Exalead (voir le n° 2-3 de La revue européenne des médias, printemps-été 2007), le projet est conduit par le géant de l’électronique Thomson. Il a rencontré, depuis le début de sa mise en service, de nombreuses embûches, à commencer par l’abandon des industriels allemands, en décembre 2006, au profit de leur propre programme baptisé Theseus (voir le n°1 de La revue européenne des médias, février 2007). En juillet 2007, les industriels allemands avaient obtenu l’accord de Bruxelles pour une subvention gouvernementale de 120 millions d’euros. Ce qui devait être « l’Airbus de l’Internet », selon l’ancien président Jacques Chirac, était aussi à l’origine l’un des principaux projets soutenus par l’Agence de l’innovation industrielle (AII), créée par celui-ci pour financer les grands programmes de recherche des industriels français, et dissoute quelques mois seulement après sa création.

Evalué à un coût total de 199 millions d’euros sur cinq ans, Quaero est enfin lancé, après l’autorisation reçue de Bruxelles, en mars 2007, de percevoir une subvention de l’Etat français d’un montant de 99 millions d’euros. Ce projet porte sur la recherche et le développement d’outils permettant de faciliter l’accès aux contenus numériques multimédias par le traitement automatique et l’indexation des textes, de la parole, de la musique, des images et de la vidéo. Il comporte cinq domaines d’application : les procédés de numérisation et d’enrichissement des contenus pour les bibliothèques et les éditions scientifiques pilotés par le groupe Jouve associé à la Bibliothèque nationale de France (BNF) ; les technologies de gestion des médias numériques (navigation, protection des contenus…) développées par Thomson et l’INA ; la sélection et la diffusion de vidéos personnalisées prises en charge par Thomson ; le développement de technologies de moteur de recherche appliquées aux images et aux sons conduit par Exalead et enfin, l’accès aux contenus audiovisuels sur les ordinateurs et les téléphones portables incombant au groupe France Télécom.

Les industriels investiront 100 millions d’euros dans ce programme de recherche coordonné par le CNRS français et l’université allemande RWTH d’Aix-la-Chapelle, l’un des deux derniers partenaires allemands, avec l’université de Karlsruhe, encore engagés dans le programme Quaero. Bien que certaines applications soient appelées à enrichir les moteurs de recherche français Exalead ou Voilà de France Télécom, chaque participant développera néanmoins ses propres applications, dont il commercialisera la licence, le cas échéant, aux autres partenaires.

La commissaire chargée de la Concurrence, Neelie Kroes, a donc finalement jugé que l’aide publique accordée au consortium industriel n’entraînera pas de distorsion de concurrence, notamment en faveur du groupe Thomson, lequel touchera 32 millions d’euros d’aides publiques. Même si les deux programmes allemand et français entendent être complémentaires, voire partenaires, le budget total du projet de recherche Quaero représente à peine 10 % du montant des investissements en R&D de Google en 2007, soit plus de 2 milliards de dollars.

Sources :

  • « Internet : Bruxelles autorise une aide française de 99 millions d’euros au moteur de recherche Quaero », AFP, lesechos.fr, 11 mars 2008.
  • « 99 millions d’euros pour le projet Quaero », la réaction avec Reuters, 01net.com, 12 mars 2008.
  • « Feu vert de Bruxelles au projet Internet Quaero », Sandrine Cassini, La Tribune, 12 mars 2008.
  • « Le projet de moteur de recherche Quaero décolle enfin avec cinq axes de travail», Emmanuel Paquette, Les Echos, 18 mars 2008.
  • « Quaero se lance sur la piste d’un Google de la vidéo », Sandrine Cassini, La Tribune, 18 mars 2008.

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