Le cinéma recule à la télévision française tandis que les séries américaines s’y imposent

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Alors que le cinéma français résiste en salle, il recule à la télévision au profit des fictions. Sur ce type de programmes, les fictions américaines s’imposent dans les grilles des chaînes et le cœur des téléspectateurs, menaçant la production française, qui bénéficiait jusqu’en 2006 des faveurs du public.

De moins en moins de films sur les écrans des chaînes historiques françaises…

Le bilan 2008 du CNC, s’il se réjouit des performances du cinéma français en salle (voir le n° 10-11 de La revue européenne des médias, printemps-été 2009), dresse à l’inverse un constat moins optimiste pour le cinéma à la télévision. En effet, le nombre de films diffusés à la télévision en 2008 est en recul de 2,8 % par rapport à 2007 avec 1 479 films diffusés, soit 42 films en moins. Ces chiffres d’ensemble masquent en réalité un décalage important entre les chaînes gratuites de la TNT et les chaînes historiques. Alors que les nouvelles chaînes de la TNT trouvent dans la diffusion de films de cinéma un produit d’appel, pour des films qui en sont le plus souvent à leur quatrième diffusion en clair, les chaînes historiques cherchent à se différencier de leur nouvelle concurrence en délaissant le cinéma. Ainsi, France 2 a diffusé 20 films de moins en 2008 par rapport à 2007, retrouvant son niveau de diffusion de 2002, alors que TF1 et M6 ont réduit respectivement leur diffusion de 15 et 11 films, retrouvant les planchers de diffusion de 1999. Même Canal+, qui se positionne comme « la chaîne du cinéma », a réduit le nombre de films diffusés, avec 426 films programmés au total, soit 37 de moins qu’en 2007. En lieu et place des films, les séries, notamment américaines, s’imposent sur les chaînes historiques.

En première partie de soirée, seuls 389 films ont été diffusés par les chaînes en clair, soit 22 films de plus qu’en 2007, une hausse essentiellement due à ARTE. Sur le long terme, on constate une nette diminution du nombre de films diffusés en première partie de soirée, soit 105 films de moins entre 1999 et 2008 (- 21,3 %), nombre qui serait encore plus élevé si ARTE, qui renforce son offre de films en 2008 et reste la première chaîne en clair pour l’offre de films cinématographiques, n’était pas prise en compte. Pour les grandes chaînes historiques, la chute du nombre de films diffusés en première partie de soirée entre 1999 et 2008 est particulièrement brutale : – 43,7 % sur TF1, – 40,6 % sur M6, – 37,5 %  sur France 3 et – 33,3 % sur France 2.

De leur côté, les chaînes de la TNT ont diffusé 874 films, 200 de plus qu’en 2007. Reste que les chaînes historiques dominent encore en termes d’audience, ce qui conduit sans surprise à une consommation moyenne par téléspectateur de films de cinéma à la télévision de 46 heures en 2008, contre 227 heures consacrées aux fictions télévisuelles.

… et des séries américaines qui trustent les meilleures audiences, au détriment de la production nationale

Sur les chaînes historiques, plus d’une soirée sur trois est consacrée à la fiction (37,7 % des soirées) avec 1080 programmes de fictions diffusés et une préférence accordée aux formats de 52 minutes (381 soirées sur 690 soirées de fictions diffusées) sur les téléfilms de 90 minutes (303 soirées). Cette répartition correspond également à une répartition par nationalité. Alors que les fictions étrangères do- minent légèrement avec 359 soirées (52 % des soi- rées), contre 331 soirées pour les fictions françaises (48 %), on constate que près des trois quarts des fictions étrangères sont au format 52 minutes et que près des trois quarts des fictions françaises sont au format 90 minutes. A l’évidence, les téléfilms français sont un genre à part, quand domine sur le plan international le format 52 minutes, que l’on retrouve dans la plupart des séries.

Alors que la fiction a capté 70 des 100 meilleures audiences de l’année 2008, les séries américaines s’imposent sur les principales chaînes à l’exception de France 3. TF1 réalise 96 des 100 meilleures audiences pour les premières parties de soirée dédiées à la fiction avec une série américaine phare qui truste les palmarès : la série Les Experts et ses déclinaisons (Les Experts Miami, Les Experts Manhattan), la meilleure audience étant réalisée par Les Experts Miami, le 8 janvier 2008, avec 37,9 % de parts de marché. La diffusion des Experts par TF1 a d’ailleurs permis à la chaîne de s’emparer de 47 des 100 meilleures audiences de l’année 2008, tous programmes confondus. France 2 arrive derrière TF1 et réalise sa meilleure audience avec un épisode de la série FBI : portés disparus, diffusé le 24 mars 2008 et totalisant 30 % de parts de marché. En 2007, la meilleure audience de France 2 pour une soirée consacrée à la fiction était réalisée avec la série Maupassant, en deuxième place en 2008. Sur M6, la fiction américaine est à l’honneur et domine les écrans. NCIS Enquête spéciale réalise la meilleure audience des fictions en 2008, avec 29,5 % de part de marché, le 14 novembre 2009. La grille accorde par ailleurs une place de choix à de nombreuses autres séries américaines : Prison Break, Desperate Housewives, Bones, Kyle XY, alors que la grille de TF1, outre Les Experts, donne également toute sa place à la série américaine Dr House, aux côtés de séries françaises, dont Julie Lescaut. France 3 est un cas à part : la chaîne obtient ses meilleures audiences avec des fictions françaises, Plus belle la vie, Louis la brocante, mais parvient surtout à proposer en avant-soirée une fiction française, Plus belle la vie, qui lui assure des audiences supérieures à celles de ses premières parties de soirée.

Sans aucun doute, les séries américaines se sont imposées sur les écrans français et le repli des séries françaises est consommé. Selon une étude réalisée par NPA Conseil pour l’Association pour la promotion de l’audiovisuel (APA), les séries américaines totalisent, en 2008, 57 des 100 meilleures audiences de l’année, tous programmes confondus. En 2003, la fiction française remportait 60 des 100 meilleures audiences de l’année. Mais le renouveau des séries américaines a eu raison de cet ancien rapport de force en faveur des fictions françaises : ces dernières ont réalisé respectivement 12 et 13 des 100 meilleures audiences en 2007 et 2008, quand les séries américaines, absentes du palmarès des 100 meilleures audiences jusqu’en 2003, accaparent depuis 2007 la moitié des 100 meilleures audiences de la télévision.

Restent toutefois quelques exceptions nationales : si Plus Belle la Vie est la série française plébiscitée dans l’Hexagone, les Italiens votent pour Romanzo Criminale, série sur la mafia diffusée sur SkyItalia, qui a conquis 600 000 téléspectateurs. Sur le terrain des exportations, le renouveau de certaines séries françaises semble même annoncer, en 2008, des jours meilleurs pour la fiction française. Alors que les ventes et préventes de programmes français à l’étranger ont reculé de 1,5 % en 2008, certaines fictions s’imposent sur ce même front, parce qu’elles ont su adopter le format de 52 minutes, plébiscité, et renouveler le genre en étant haut de gamme, rythmées, tout en évitant de s’adresser uniquement à un public national. Ainsi, selon TV France International et le CNC, les exportations de séries et téléfilms français ont augmenté de 42 % en 2008 grâce aux performances réalisées par des séries, telle Engrenages, achetée par plus de 20 chaînes, ou encore Mafiosa, Braquo, séries violentes et efficaces produites par Canal+.

Sources :

  • Bilan 2008 – Les films, les programmes audiovisuels, la production, la distribution, l’exploitation, la vidéo, l’exportation, CNC, mai 2009.
  • « Les grandes chaînes de télévision ont diffusé moins de films en 2008 », N.S., Les Echos, 20 mai 2009.
  • « La fiction française de plus en plus menacée par la fiction américaine », AFP, 21 juin 2009.
  • « Les séries européennes s’imposent sur les écrans », Le Monde TV, Le Monde, 28 juin 2009.
  • Le baromètre 2009 de la création TV, Association pour la promotion de l’audiovisuel, juin 2009.
  • « La fiction française commence à séduire les diffuseurs étrangers », Nathalie Silbert, Les Echos, 11 septembre 2009.

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