Bertelsmann et Pearson s’allient pour créer le leader mondial de l’édition

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Le géant mondial de l’édition grand public, Random House, détenu par Bertelsmann, s’est associé au groupe Pearson qui cherche à se recentrer sur l’éducation, créant ainsi le numéro 1 mondial du livre en fusionnant avec la célèbre marque britannique Penguin. L’objectif de cette alliance est d’abord de bénéficier d’un effet de taille face aux distributeurs dont la puissance augmente à mesure que se développe le marché du livre numérique.

Fin octobre 2012, Pearson, leader mondial de l’édition grâce notamment à sa branche éducation, annonçait avoir entrepris des discussions avec Bertelsmann, propriétaire de l’éditeur grand public Random House. L’objectif de ces discussions était, pour Pearson, de trouver un partenaire pour développer Penguin, sa marque d’édition grand public qui occupe la deuxième place sur le marché américain et la troisième au Royaume-Uni. En effet, Pearson, qui a annoncé le départ de Marjorie Scardino le 3 octobre 2012, laquelle dirigeait le groupe depuis seize ans, est engagé dans un processus de recentrage de ses activités autour de l’éducation, un secteur très rentable, recentrage qui implique de céder ou de déléguer la gestion des activités plus périphériques et moins rémunératrices, à savoir le Financial Times (voir infra), qui peine à être à l’équilibre, et l’éditeur grand public Penguin, dont les marges sont faibles.

Pendant le week-end suivant l’annonce, le groupe News Corp., contrôlé par Rupert Murdoch, se déclarait à son tour intéressé par Penguin, afin notamment de le rapprocher de cet autre géant de l’édition, Harper Collins, qu’il contrôle. Selon le Sunday Times, News Corp. aurait proposé un milliard de livres, soit 1,24 milliard d’euros, pour s’emparer de Penguin, évalué pourtant entre 650 et 900 millions de livres selon le Financial Times. Le retour de News Corp. au premier plan des affaires au Royaume-Uni, alors même que l’affaire News of the World continue d’ébranler les institutions du pays (voir infra), aura finalement été évité. Le 29 octobre 2012, Pearson et Bertelsmann annonçaient s’être accordés pour fusionner Penguin et Random House.

Le nouvel ensemble, baptisé Penguin Random House, sera détenu à 53 % par Bertelsmann et à 47 % par Pearson et représentera au total un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros. Penguin Random House devient ainsi le premier éditeur mondial grand public. C’est d’ailleurs cet effet de taille qui étaitrecherché par les deux acteurs à l’heure où le contrôle de la distribution passe de plus en plus dans les mains de quelques géants profitant de l’envolée du marché du livre numérique à l’instar d’Amazon, leader mondial sur le secteur, mais également d’Apple, de Barnes & Noble désormais allié à Microsoft (voir REM n°24 p.45), ou encore de ces grands distributeurs que sont Wal-Mart et Tesco aux Etats-Unis. Le nouvel ensemble contrôlera ainsi 29 % du marché du livre aux Etats-Unis et 26 % au Royaume-Uni, ce qui lui permettra de négocier avec les distributeurs dans de meilleures conditions, mais également d’attirer les auteurs grâce à sa puissance commerciale, alors même qu’Amazon développe aux Etats-Unis l’autoédition, court-circuitant ainsi les éditeurs. Par ailleurs, les activités des deux groupes sont complémentaires du point de vue géo- graphique. Random House est leader aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où Penguin renforce ses positions. A l’inverse, Penguin est très présent en Inde et au Brésil où Random House pourra plus facilement se déployer.

L’opération devrait être finalisée au deuxième semestre 2013, après avoir reçu l’aval des autorités de la concurrence, certaines concessions étant peut-être nécessaires sur « quelques marchés discrets » selon Penguin. Le groupe sera dirigé depuis New York, siège de Random House, et l’actuel dirigeant de Penguin, John Mackinson, en deviendra le président non exécutif. Bertelsmann pourrait par ailleurs se renforcer dans l’édition professionnelle avec le rachat de Springer Science and Business, deuxième éditeur mondial de magazines scienti- fiques, que les fonds suédois EQT et le fonds souverain de Singapour (GIC) souhaitent vendre.

Sources :

  • « Bertelsmann lorgne le deuxième éditeur mondial de magazines scientifiques », F. SC., Les Echos, 23 octobre 2012.
  • « Bertelsmann et Pearson visent un accord rapide dans l’édition », Nicolas Madelaine et Thibault Madelin, Les Echos, 29 octobre 2012.
  • « Bertelsmann et Pearson créent le leader mondial de l’édition », Nicolas Madelaine et Thibault Madelin, Les Echos, 30 octobre 2012.
  • « Penguin – Random House leader mondial de l’édition », Alexandre Debouté, Le Figaro, 30 octobre 2012.

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