Start-up studio

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Acteur de l’économie du numérique à l’origine d’un nouveau modèle de création de start-up en série. Contrairement à un incubateur ou un accélérateur qui héberge ou accompagne des entreprises naissantes, ce « studio » initie lui-même les projets et conduit leur réalisation à terme. Il reste maître de l’ensemble du processus : la définition du concept, l’apport de financement, le recrutement des équipes, y compris des dirigeants ou des cofondateurs, le développement, la montée en puissance et, le cas échéant, la revente partielle ou totale. Structure multifonction, le start-up studio met à disposition les savoir-faire et les ressources nécessaires, sur les plans technique, humain, financier et juridique, pour faire émerger, à la chaîne, des entreprises vouées à devenir autonomes en quelques mois seulement. Menant une multitude de projets à la fois, cette « usine à start-up » parvient ainsi à rationaliser l’ensemble des processus liés à la création, faisant jouer les synergies et mutualisant les coûts.

Fondé par les frères Samwer en 2007, l’allemand Rocket Internet est le plus représentatif de ces nouveaux acteurs internet. Se présentant comme un « global network of companies », ce start-up studio détient un portefeuille de plusieurs dizaines d’enseignes de commerce en ligne (Lamoda, Westing, Hello Fresh, Shopwings, Helpling, Easy Taxi, Tripda…) répandues dans plus de 110 pays et employant plus de 30 000 personnes. « We are not investors. We are builders » peut-on lire sur son site où est expliquée sa stratégie qui tient en trois points : « Identify. Build. Scale. ». Depuis son siège à Berlin ou à partir d’une structure locale, Rocket Internet fabrique, à faible coût et en moins de cent jours, de nouvelles entreprises selon un modèle tout à la fois standard et adaptable aux caractéristiques de chaque marché. Disposant de sa propre technologie brevetée, Rocket Internet procure des solutions clés en main aux jeunes pousses qui peuvent ainsi se consacrer pleinement au déploiement de leur activité sur le marché local visé. Il se donne comme objectif de lancer dix nouveaux sites chaque année.

Si le modèle économique de Rocket Internet est novateur, les sites qu’il engendre le sont moins. Souvent décrié pour cette raison, le start-up studio est considéré comme un « copycat » (un imitateur), puisqu’il se contente de créer des répliques de sites de commerce en ligne ayant déjà fait leurs preuves, pour la plupart d’origine américaine, afin de les déployer sur des marchés géographiques encore inexplorés. Il est à l’origine de succès comme celui de Zalando, clone de Zappos, entreprise américaine de vente de chaussures. Ses remakes de sites sont parfois revendus au groupe créateur du concept original. Le site allemand de vente aux enchères Alando s’inscrivant dans le sillage de l’américain eBay a été racheté par ce dernier. Lancé par Rocket Internet au début de l’année 2010 et largement inspiré de Groupon (regroupement de consommateurs afin de bénéficier de promotions), le site berlinois CityDeal a lui aussi été revendu six mois plus tard à l’américain, déboursant ainsi 126 millions de dollars pour gagner son implantation dans les principales villes européennes.

Associé à deux opérateurs de télécommunications africains, MTN et Millicom Africa, Rocket Internet a lancé, depuis Paris, Africa Internet Group (AIG) en 2012. Cette entreprise internet a fait pousser une dizaine de start-up destinées à l’Afrique, troisième marché mondial de la téléphonie mobile, et au Moyen-Orient. Parmi celles-ci, Jovago, plate-forme de réservation d’hôtels en ligne, a été lancée au Nigéria, au Kenya et au Sénégal en 2013, comme concurrente d’Expedia ou de Booking.com.

En octobre 2014, Rocket Internet a fait une entrée remarquée à la Bourse de Francfort en levant 1,4 milliard d’euros. Depuis, il a multiplié les prises de participation dans des jeunes pousses de vente en ligne (496 millions d’euros pour 30 % dans Delivery Hero, 130 millions pour porter à 52 % sa participation dans HelloFresh, 150 millions pour l’acquisition du koweïtien Talabat…). Un milliard d’euros a été investi depuis son introduction en Bourse. Sa valorisation boursière atteint 7,5 milliards d’euros lorsqu’il parvient à lever, en février 2015, près de 590 millions d’euros par une augmentation de capital, afin de poursuivre son développement sur le marché du commerce en ligne, où il ambitionne de devenir un géant, après l’américain Amazon et le chinois Alibaba.

Cette nouvelle formule de lancement de start-up s’est répandue aux Etats-Unis, en Asie, comme en Europe. En 2011, le studio ObviousCorp est lancé par deux fondateurs de Twitter, Evan Williams et Biz Stone, qui le dédient aux start-up d’inspiration « éthique », visant à améliorer la communication entre internautes. Il compte notamment, parmi ses créations, la plate-forme de publication de contenus Medium. La même année, Max Levchin, cofondateur de Paypal, crée HVF Labs, consacré aux projets dédiés au Big data. Comme l’explique Thibaud Elzière, cofondateur avec Quentin Nickmans, du start-up studio franco-belge eFounders, né également en 2011 et spécialisé dans le SaaS (Software as a Service), « mieux vaut rester sur une même thématique pour que la mutualisation soit optimale ». A la différence du studio Rocket Internet qui rémunère les dirigeants de ses start-up (avec un intéressement au capital), eFounders les associe dès le début à parts égales et permet à terme l’intégration de l’ensemble des moyens mis en œuvre.

Le start-up studio fait basculer la création de jeunes pousses d’un modèle traditionnel, proche de l’artisanat, vers un processus véritablement industriel. A l’instar d’un incubateur privé à la recherche de rares licornes, il vise la rentabilité. Ce nouveau modèle de création d’entreprise devra aussi prouver sa capacité à « construire » des entreprises pérennes.

Sources :

  • Rocket-internet.com
  • « Retour sur la success story Rocket Internet : 5 idées reçues sur les “start-up studios” », Thibaud Elzière, eFouders, journaldunet.com, 2 octobre 2014.
  • « Rocket Internet va augmenter son capital », Eric Auchard, Véronique Tison, Reuters.com, 12 février 2015.
  • « Rocket Internet lève 590 millions pour continuer sa chasse aux start-up », avec AFP, Challenges.fr, 13 février 2015.
  • « Comment Rocket Internet et AIG veulent conquérir l’Afrique depuis la France », Jeanne Dussueil, frenchweb.fr, 23 février 2015.
  • « Le “start-up studio”, nouveau phénomène dans la tech », Nicolas Rauline, Les Echos, 20 avril 2015.
  • « eFounders, la start-up franco-belge qui souhaite rivaliser avec la Silicon Valley », Alexandre Colleau, lesoir.be, 28 avril 2015.

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