Springer manque une fusion avec ProSieben mais s’entend avec Ringier

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Au-delà d’une hypothétique fusion entre les deux groupes, ces discussions témoignent d’un renversement complet de situation sur le marché allemand, tant du point de vue des acteurs économiques que des autorités de régulation.

Annoncée début juillet 2015 par le Wall Street Journal, les discussions en vue d’une fusion entre les deux groupes allemands Axel Springer et ProSiebenSat.1 n’ont finalement pas abouti, conduisant fin juillet à un simple accord d’investissements dans le numérique et le soutien aux start-up en Allemagne. En 2006, les deux groupes avaient déjà tenté une fusion, alors refusée par l’office des cartels allemands, qui avait redouté une plus forte concentration du marché publicitaire allemand. ProSiebenSat.1 et RTL Group dominaient alors le marché publicitaire TV quand Springer, outre ses positions très importantes dans la presse, commençait déjà à investir dans le numérique. En 2015, la fusion entre ces deux médias historiques allemands aurait témoigné d’un renversement complet de situation. ProSiebenSat.1, proche de la faillite il y a dix ans, a désormais une capitalisation deux fois supérieure à celle de Springer, pour un chiffre d’affaires 2014 sensiblement identique (respectivement 2,87 et 3,04 milliardsd’euros). En effet, malgré la cession d’une grande partie de ses titres de presse quotidienne et son développement dans le numérique, Springer continue d’être un groupe aux activités très exposées à la concurrence des médias en ligne (voir La REM n°34-35, p.24), quand la télévision et la production audiovisuelle, actifs principaux de ProSiebenSat.1, ont su trouver en ligne, avec le replay et la sVoD, les moyens d’un véritable développement. A l’heure où les groupes intégrés séparent leurs activités audiovisuelles et cinématographiques de leurs activités de presse et d’édition, comme la scission de News Corp. ou encore de Gannet, une fusion entre Springer et ProSiebenSat.1 semblait ne pas promettre de fortes synergies, sauf peut-être dans la mutualisation de certains contenus.

Sa principale justification résidait avant tout dans l’effet de taille dont aurait bénéficié les deux groupes fusionnés, à l’heure où les médias historiques sont confrontés aux concurrences nouvelles des géants du numérique. La fronde anti-Google est ainsi particulièrement virulente en Allemagne et conduite par les plus grands groupes allemands, Springer et Bertelsmann en tête (voir La REM n°22-23, p.11). Autant dire que la fusion refusée il y a presque dix ans par l’office des cartels (das Bundeskartellamt) avait de fortes chances d’être aujourd’hui autorisée en 2015, témoignant d’une évolution des marchés où les concurrences nouvelles venues du numérique conduisent à envisager un assouplissement des mesures visant à limiter la concentration dans le secteur des médias, un débat que les autres grands pays européens connaissent également.

Finalement, c’est en Suisse que Springer aura procédé à une fusion. Le groupe a annoncé, le 17 septembre 2015, s’être mis d’accord avec le groupe Ringier pour réunir leurs publications dans une entité commune, Ringier Axel Springer Medien Schweiz, à compter du 1er janvier 2016. Cette alliance fait suite à celle déjà nouée en Europe de l’Est par les deux groupes depuis 2010.

Sources :

  • « Les allemands ProSiebenSat.1 et Axel Springer relancent leur projet de fusion », Thibaut Madelin, Les Echos, 8 juillet 2015.
  • « L’alliance d’Axel Springer et de ProSieben secoue le marché allemand des médias », Hélène Kohl, Le Figaro, 9 juillet 2015.

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