La France est en avance en matière de données publiques ouvertes

La pandémie de Covid-19 donne à voir l’efficacité d’une politique publique de la donnée dès lors qu’elle est ambitieuse.

Selon l’OURdata Index (indice Open, Useful and Re-usable data) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la France est l’un pays les plus avancés au monde en matière de données publiques ouvertes.

Rendre disponibles les données publiques des administrations et les mettre à la disposition de tous démontre qu’aucun acteur n’est capable, isolément, d’interpréter l’avalanche de données fournie par nos sociétés modernes. La pandémie de Covid-19 a fourni un bon cas pratique. La mise à disposition des données publiques (nombre de décès et de personnes testées, nombre de cas positifs et part des variants, nombre d’admissions en réanimation et nombre de lits disponibles…) illustre combien l’interprétation et le croisement des observations chiffrées délivrent des informations qu’il serait impossible d’obtenir autrement. « On n’imagine pas la valeur que représentent les données avant de les publier. Un jeu de données isolé, on peut se dire que c’est inutile. Mais mis en correspondance avec un autre, ça prend tout son sens. Par exemple, en croisant le nombre de lits en réa et le nombre de personnes hospitalisées en réa, on voit la saturation de ces services » explique Guillaume Rozier, l’ingénieur informatique à l’origine du site web d’agrégation de données ouvertes sur la pandémie CovidTracker.fr, ainsi que des outils VaccinTracker et ViteMaDose/Chronodose. Ce data scientist âgé de 24 ans a créé le site CovidTracker.fr en mars 2020, à partir des données publiques fournies par l’agence natio­nale Santé publique France, simplement en comparant les chiffres de la pandémie entre la France et l’Italie. Disponibles depuis mars 2020 sur data.gouv.fr, plateforme de diffusion de données publiques de l’État français, ces jeux de données, qui sont mis à jour quotidiennement, recensent les chiffres en prove­nance des services d’urgence hospitaliers et de SOS médecins, par dépar­tement, par région, par sexe et tranche d’âge des patients. Outre les médias qui s’en servent pour illustrer de graphiques leurs bulletins d’information, certaines personnes issues de la société civile s’en emparent, quant à elles, pour créer des outils de visualisation de données, souvent plus parlants qu’un discours. Gaëtan Lavenu, Thomas Dubot, Christophe Cerisara, Guillaume Saint-Quentin, Germain Forestier, ou encore le médecin Thibaut Fabacher et ses collègues du CHRU (Centre hospitalier régional et universitaire) de Strasbourg sont quelques-uns de ces utilisateurs qui exploitent les données publiques sur la pandémie publiées sur data.gouv.fr afin de les rendre utiles à tout le monde.

À partir d’un simple schéma publié sur Twitter en mars 2020, le site CovidTracker.fr, fonctionnant depuis avec huit bénévoles, devient rapidement une référence d’informations sur la progression de la pandémie en France et à l’étranger, pour le grand public comme pour les professionnels de santé, les médias ou encore les membres du gouvernement, parmi lesquels le minis­tre de la Santé lui-même. En décembre 2020, VaccinTracker, un nouvel outil disponible sur CovidTracker.fr, rend compte de la progression de la campagne de vaccination en France. Les premiers jours, Guillaume Rozier a la primeur de ces données en provenance du directeur du cabinet d’Olivier Véran. Ce dernier ayant contesté, dans un premier temps, la véracité de ces informations, Guillaume Rozier déclare cesser de communiquer ces données de vaccination le 11 janvier 2021. Le ministère les publiera finalement le jour-même.

Ainsi, le 1er avril 2021, CovidTracker.fr propose une nouvelle application baptisée « Vite Ma Dose ». Cette plateforme gratuite facilite les recherches de rendez-vous pour se faire vacciner sur les sites Doctolib, Maiia, Keldoc et Ordoclic, palliant ainsi les difficultés des Français éligibles à la vaccination. L’outil recense non seulement les centres de vaccination fournis sur data.gouv.fr, mais également les pharmacies, les médecins, et certains centres non référencés sur sante.fr, site officiel du gouvernement. Le succès d’audience des outils lancés par Guillaume Rozier et son équipe montre l’intérêt de l’exploitation des données publiques dans un format réutilisable par tous, mais il souligne également le manque de réactivité des services de l’État. D’autant plus que, selon l’informaticien, « l’open data est une arme contre le complotisme et les personnes qui ne croient pas en les chiffres puisque ça amène la possibilité de vérifier ces chiffres et donc d’éliminer les doutes ». En gage de reconnaissance, le gouvernement a nommé Guillaume Rozier, le 21 mai 2021, « à titre exceptionnel », au grade de chevalier dans l’ordre national du Mérite.

La pandémie de Covid-19 a montré que la politique publique de la donnée dépasse largement la question de l’ouverture ou non des données des administrations. Comme le soulignait récemment le rapport Bothorel sur cette question (voir La rem n°56, p.83), la politique publique de la donnée et des codes sources n’est pas simplement « un enjeu “tech” ». Sa finalité est à la fois scientifique – « la donnée est un vecteur de connaissance » ; économique « la donnée est un levier d’innovation » ; démocratique « la donnée améliore le service public » et politique « la donnée est un moyen de restaurer la confiance dans l’action publique ».

La France est d’ailleurs, selon l’indice OURdata de l’OCDE, l’un des pays les plus avancés en matière d’ouverture des données publiques ou « données gouvernementales ouvertes » (en anglais Open Government Data – OGD).

Comme le montre le graphique de l’OCDE, l’indice évalue et compare les politiques de données publiques ouvertes et leur mise en œuvre selon trois indicateurs (gradués de 0 à 1) portant sur la disponibilité des données, sur leur accessibilité et sur le soutien du gouver­nement concernant leur réutilisation. L’indicateur de disponibilité montre dans quelle mesure les gouvernements ont adopté et mis en œuvre certaines exigences formelles afin de promouvoir les données gouvernementales ouvertes, en s’appuyant notamment sur le double principe : « ouvert par défaut » et « en temps utile et complet ». L’indicateur d’accessibilité mesure les critères techniques de mise à disposition des données gouvernementales, notamment dans des formats ouverts et réutilisables et avec les métadonnées associées. Enfin, l’indice relatif au soutien des gouver­nements évalue leur rôle actif dans la promotion de la réutilisation de leurs propres données, tant en leur sein que par la société civile.

En 2019, la France occupe le deuxième rang du classement mondial, après la Corée du Sud. Créée en février 2011, l’administration publique chargée d’améliorer le service public et l’action publique grâce aux données, Etalab, explique ainsi cette performance :
« ce sont notamment les progrès en termes de formation et d’accompagnement des administrations qui améliorent son indice, qui passe de 0,85 en 2018 à 0,90 en 2019. »
À l’occasion du 5e Comité interministériel pour la transformation publique organisé le 5 février 2021, le gouver­nement a réaffirmé sa volonté d’impliquer tous les ministères pour « mieux exploiter, ouvrir, partager et valoriser les données publiques, au bénéfice de la transparence et de l’efficacité de l’action publique ».

Sources :

  • « Panorama des administrations publiques 2019 », OECD iLibrary, oecd-ilibrary.org, 12 décembre 2019.
  • « La France de nouveau sur le podium de l’open data en 2019 », Antonin Garrone, etalab.gouv.fr, 11 mars 2020.
  • « Covid19 en open data : découvrez les premières réutilisations du jeu de données hospitalières », Charlie Braume, linformaticien.com, 26 mars 2020.
  • « “Vaccintracker” : le site indépendant qui publie les chiffres de la vaccination en France », Marie-Liévine Michalik, lefigaro.fr, 6 janvier 2021.
  • « Covid-19 : l’enjeu crucial des données publiques », Benoît Floc’h, Le Monde, 7-8 mars 2021.
  • « Stratégie sanitaire et vaccination : comment gagner la bataille de la confiance. Avec Guillaume Rozier et Mathias Girel », Guillaume Erner, franceculture.fr, 12 avril 2021.
  • « Guillaume Rozier. Quand la donnée éclaire la pandémie », Laurent Barthelemy, AFP tv5monde.com, 10 mai 2021.
  • « Données des urgences hospitalières et de SOS médecins relatives à l’épidémie de COVID-19 », data.gouv.fr/fr/datasets, consulté le 26 mai 2021.
  • « Guillaume Rozier », fr.wikipedia.org, consulté le 26 mai 2021.
  • CovidTracker, covidtracker.fr, consulté le 26 mai 2021. 
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