Le géant japonais Softbank se relance

Après deux exercices difficiles, en 2019 et 2020, le géant internet nippon se remet progressivement sur les rails de l’après-crise sanitaire et poursuit son expansion.

La récente entrée de Softbank au capital de l’entreprise française de commercialisation de vêtements de seconde main, Vestiaire Collective, ou sa levée de fonds de 680 millions d’euros pour le financement de Sorare – somme record pour cette start-up française spécialisée dans l’entertainment sportif et les NFT (Non-Fungible Token, voir La rem, n°57-58, p.75) – montre que le géant japonais de la Tech semble avoir redressé la situation depuis ses déboires en 2019 et 2020. Softbank s’inscrit dans la continuité en reprenant sa stratégie d’expansion par des investissements massifs émanant de ses différentes filiales et de ses fonds d’investissement Vision Fund et Vision Fund 2, à destination d’entreprises et de start-up appartenant à des secteurs aussi divers que les VTC, la robotique ou la téléphonie mobile (voir La rem n°44, p.65). Renforçant sa position sur son marché d’origine, les télécoms, il a également annoncé en septembre 2021 son entrée au capital de Deutsche Telekom à hauteur de 4,5 %, alors que les deux groupes entretenaient des liens déjà étroits après que T-Mobile (propriété de la compagnie allemande) et Sprint (filiale de Softbank) ont fusionné en avril 2020 (voir La rem, n°54, p.68).

Des hauts et des bas

Pourtant, sur l’année fiscale 2019-2020, Softbank avait enregistré les plus grandes pertes nettes de son histoire, s’élevant à près de 10,5 milliards de dollars, alors même que l’entreprise avait déclaré un bénéfice net de 12 milliards en 2018-2019. En cause, la baisse de l’activité liée à la crise sanitaire, mais aussi des investis­sements infructueux en direction de certaines start-up soutenues par les deux fonds d’investis­sement du groupe. En effet, l’année 2020 s’est traduite par la chute vertigineuse de la valorisation d’environ la moitié des start-up du portefeuille de Vision Fund, premier fonds créé par le groupe en 2017, avec une mise initiale de 100 milliards de dollars.

Après avoir enregistré une perte d’un peu plus de 19 milliards d’euros, le groupe a dû mettre en œuvre un important plan de cession d’actifs, estimé à 41 milliards de dollars pour réduire sa dette et relancer la valeur de son titre en Bourse. À travers la vente d’actions de T-Mobile (qui a rapporté à elle seule près de 9 milliards de dollars) et de parts de Softbank Corp (la filiale télécoms du groupe), ou encore la monétisation de ses actions chez Alibaba (autre entreprise majeure du portefeuille du géant japonais), ce plan a permis au groupe, dès le dernier trimestre de l’exercice 2019-2020, de redresser Vision Fund.

OneWeb et WeWork sont, à cet égard, emblématiques des hauts et des bas de Softbank. Opérateur de minisatellites, OneWeb a déposé son bilan en mars 2020, faute d’avoir su convaincre le groupe japonais de lui accorder, malgré un soutien déjà conséquent, un finan­cement de 2 milliards de dollars supplémentaires pour achever de développer son réseau de satellites de télécommunications devant assurer une couverture internet haut débit partout où les liaisons terrestres n’existent pas. Quant à WeWork, entreprise américaine spécialisée dans la location de bureaux partagés, sa valorisation est passée d’environ 47 milliards de dollars en 2019 à seulement 2,9 milliards de dollars en 2020, allant jusqu’à faire suspendre son introduction en Bourse prévue en octobre de cette même année. Un effondrement que n’ont pu empêcher 9 milliards de dollars d’investissements réalisés entre 2017 et 2019 par le groupe japonais en direction de l’entreprise de coworking. Patron de Softbank, deuxième fortune du Japon, Mayasoshi Son a reconnu une erreur de jugement quant à cet investissement devant ses actionnaires. Pour maintenir WeWork à flots, il a, depuis, mis en place une stratégie de redressement impliquant un plan d’économies pour limiter les pertes. Il a également écarté le fondateur de l’entreprise new-yorkaise, Adam Neumann, jugé trop instable par les investisseurs.

Des doutes qui subsistent

Si WeWork n’inquiète plus, et qu’il est aujourd’hui presque tiré d’affaire grâce à la prise de contrôle de Softbank suite à l’injection de 10 milliards de dollars supplé­mentaires, quelques doutes subsistent sur la suite des opérations du géant japonais. Pour l’exercice 2021-2022, le groupe affiche des performances mitigées, comparées à une fin d’année 2020-2021 particulièrement fructueuse. Mayasoshi Son a annoncé en effet avoir dégagé un bénéfice net de plus de 37 milliards d’euros sur ce dernier exercice (46 milliards de dollars) – un record au Japon, qui fait aussi de Softbank l’un des groupes les plus profitables au monde, malgré ses précédents déboires.

Ce rebond à la fin de l’exercice fiscal 2020-2021 peut être attribué à la fusion de T-Mobile et de Sprint, mais aussi à la réussite des opérations réalisées par le groupe, qui a vu le succès des introductions en Bourse de DoorDash en décembre 2020 et de Coupang en mars 2021, respectivement entreprise de livraison de repas à domicile et société coréenne d’e-commerce. Le groupe a également profité de la reprise de l’activité post-crise sanitaire et du coup de pouce des banques centrales sur les marchés en 2020.

Cependant, si ces gains exceptionnels peuvent expliquer le recul des bénéfices au premier trimestre de la période 2021-2022 (39 % par rapport au premier trimestre de l’année 2020-2021), certains investis­seurs ont décidé de réfréner leurs ardeurs. Le groupe japonais s’apprête à faire face à de nouvelles épreuves que la perte de 30 % de la valeur du titre de Softbank anticipe. En effet, Softbank a misé sur la technologie chinoise et ses acteurs, actuellement soumise à une tempête réglementaire. Softbank est ainsi l’actionnaire majoritaire de la compagnie de VTC Didi Chuxing. L’équivalent chinois d’Uber est entré en Bourse aux États-Unis en juin 2021, contre l’avis des autorités nationales, s’exposant ainsi à une cascade d’enquêtes et d’interdictions qui ont fait fondre sa valorisation.

Outre son exposition aux valeurs chinoises, la valeur de Softbank est aussi pénalisée par l’absence d’un plan de rachat d’actions pour cette année et par les difficultés rencontrées au cours de la cession d’ARM (entreprise britannique fabriquant des micro­processeurs) à l’américain Nvidia (spécialisé dans la conception de processeurs, de cartes et de puces graphiques). Cette cession, lancée en 2020 dans le cadre du plan de désendettement, donne lieu à une série d’enquêtes de la part des autorités de la concurrence dans les pays où les deux groupes sont présents, ce qui en retarde d’autant l’exécution quand elle ne la menace pas purement et simplement.

Alors même que Softbank semble avoir fait disparaître de son portefeuille d’actions certaines entreprises technologiques phares comme Facebook ou Microsoft (ou, du moins, réduit sa participation dans celles-ci), Mayasoshi Son a pourtant annoncé, au début de l’exercice 2021-2022, son intention de poursuivre ses investis­sements dans les technologies du futur, notamment dans les secteurs de l’intelligence artificielle, par le biais de Vision Fund 2, appelant ainsi les investisseurs à le rejoindre.

Sources :

  • « SoftBank prend le contrôle de WeWork pour l’empêcher de couler », Danièle Guinot, Le Figaro, 22 octobre 2019.
  • « WeWork : le raté de Softbank, le “prophète” japonais », Jean-Christophe Féraud, Libération, 6 novembre 2019.
  • « Softbank s’attend à des pertes colossales pour son exercice 2019/2020 », AFP, Les Échos, 13 avril 2020.
  • « Comment SoftBank est devenu en un an l’un des groupes les plus profitables du monde », Yann Rousseau, Les Échos, 13 mai 2020.
  • « SoftBank, l’investisseur de WeWork, essuie des pertes records », Guillaume Richard, Le Figaro, 18 mai 2020.
  • « SoftBank perd 12 milliards d’euros mais son patron reste plein d’espoir », Yann Rousseau, Les Échos, 18 mai 2020.
  • « WeWork se voit devenir rentable en 2021 », avec AFP, Les Échos, 13 juillet 2020.
  • « SoftBank devient le groupe le plus profitable de l’Histoire du Japon », Ingrid Vergara, Le Figaro, 12 mai 2021.
  • « SoftBank Group : Bénéfice net en recul de 39 % au premier trimestre sur un an », Le Figaro avec AFP, 10 août 2021.
  • « SoftBank met un pied en Europe en devenant actionnaire de Deutsche Telekom », Sébastien Dumoulin, Les Échos, 7 septembre 2021.
  • « Sorare signe la plus grosse levée de fonds de l’histoire de la French Tech », Guillaume Bregeras, Les Échos, 21 septembre 2021. 
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