Alice Guy, la femme qui inventa le cinéma

L’Académie des César a annoncé, le 13 février 2020, la démission de son conseil d’administration. Ce sabordage répond, entre autres choses, aux critiques concernant l’absence d’égalité entre les femmes et les hommes dans un milieu où devrait régner la liberté de création.Cet événement incite La rem à rendre hommage à une inventrice, auteure de centaines de films, qui n’a jamais eu la notoriété qui devrait être la sienne dans l’histoire du cinéma.

Née en 1873 à Saint-Mandé, Alice Guy est employée, à 20 ans, comme sténodactylo dans la société parisienne, Comptoir général de la photographie, et elle devient la secrétaire de Léon Gaumont.

Le 22 mars 1895, elle est aux côtés de Léon Gaumont pour assister à la première projection d’images animées au monde, organisée par les frères Lumière à Paris avec L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, réalisé par Louis Lumière. À l’époque, les films servent à vendre des caméras. « Fille d’un éditeur, j’avais beaucoup lu, pas mal retenu… Je pensais qu’on pouvait faire mieux. M’armant de courage, je proposai timidement à Gaumont d’écrire une ou deux saynètes et de les faire jouer par des amis. Si on avait prévu le développement que prendrait l’affaire, je n’aurais jamais obtenu son consentement. Ma jeunesse, mon inexpérience, mon sexe, tout conspirait contre moi. Je l’obtins cependant, à la condition expresse que cela n’empiéterait pas sur mes fonctions de secrétaire », explique-t-elle dans son Autobiographie d’une pionnière du cinéma, texte qui date de 1953 mais qui ne sera édité qu’en 1976 (éditions Denoël-Gonthier), huit ans après sa mort.

Avec sa première réalisation La Fée aux choux en mars 1896, Alice Guy signe la naissance de la fiction cinématographique en images réelles (et non en dessin animé), à l’instar de Louis Lumière avec L’Arroseur arrosé et Georges Méliès avec La Partie de cartes.

Entre 1897 et 1907, elle tourne plus de 200 films. Elle est scénariste, réalisatrice et productrice. Elle invente des effets spéciaux tels que le ralenti, l’accéléré, les surimpressions et les fondus. Elle prend la direction, en 1905, du grand studio Gaumont à Paris, le plus important du monde à l’époque, qu’elle a encouragé à construire. En 1906, elle met en scène La vie et la mort du Christ, film d’une durée de 34 minutes, avec 300 figurants et 25 décors.

En 1907, elle suit aux États-Unis l’homme qu’elle vient d’épouser, tous les deux travaillant pour Gaumont. Elle réalise des films policiers, des westerns, des films d’action. « Be Natural », demande-t-elle à ses acteurs, « ni maquillage ni par cœur ».

Elle lance sa société de production Solax en 1910. Elle crée son propre studio, équipé d’un laboratoire de traitement des pellicules, d’un atelier de fabrication de décor et un autre de conception de costumes. Installé à Fort Lee dans le New Jersey, c’est l’un des plus importants studios de cinéma aux États-Unis. En 1912, elle réalise Un imbécile et son argent, premier film joué uniquement par des acteurs afro-américains.

Elle est la femme la mieux payée des États-Unis : 25 000 dollars de salaire mensuel. Mais la chance tourne… divorce, faillite de sa société de production due à la mauvaise gestion de son mari parti sur la côte ouest avec une actrice. La Flétrissure sera son dernier film, réalisé à Hollywood, qui sortira le 14 mars 1920.

À son retour en France en 1922, ruinée, « Mademoiselle Alice » ne retrouvera pas sa place dans le cinéma.

Sources :

  • « Alice Guy, pionnière oubliée du cinéma mondial », Hélène Février, Terriennes, tv5monde.com, 20 mai 2014.
  • « Alice Guy, la pionnière oubliée », Véronique Le Bris, Les Echos, 11 mai 2018.
  • « Alice Guy, la pionnière du septième art », Anne Bernas, rfi.fr, 8 mars 2019.

Pour découvrir Alice Guy et l’histoire de la naissance du cinéma : Annales du cinéma français. Les voies du silence 1895-1929, Pierre Lherminier, Nouveau Monde éditions, 2012.

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