Édition : Bertelsmann s’empare de Simon & Schuster

Bertelsmann fait naître un géant américain de l’édition pour rééquilibrer ses relations avec Amazon et développer l’intégration de ses activités dans les médias. Avides de droits d’adaptation, les grands services de streaming vidéo n’ont pas cherché à jouer la carte de l’intégration verticale en faisant une offre sur Simon & Schuster.

En mars 2020, ViacomCBS annonçait une révision stratégique de ses actifs afin de se concentrer sur le développement de ses offres de streaming vidéo. À cette occasion, l’éditeur américain Simon & Schuster sortait de la liste des actifs essentiels, ouvrant la voie à une possible cession. Pourtant, disposer d’un catalogue de romans peut être considéré comme stratégique dans les activités de production audiovisuelle au moment même où le succès du streaming vidéo, entraînant une hausse très forte du nombre de séries produites, conduit à valoriser fortement les droits d’adaptation des romans, les bonnes histoires étant rares. ViacomCBS ne l’a pas entendu ainsi et les prétendants au rachat ont rappelé, par leur origine, que le métier d’éditeur reste relativement étranger aux stratégies d’intégration verticale. En effet, ce sont d’abord les grands éditeurs mondiaux qui se sont penchés sur le dossier : le numéro 3 mondial de l’édition grand public, Hachette Livre (2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019), par ailleurs bien présent aux États-Unis depuis le rachat de Time Warner Book en 2006, de Disney Hyperion en 2013 et de Perseus Book en 2014 (voir La rem n°32, p.6) ; le français Editis (750 millions d’euros de chiffre d’affaires), contrôlé par Vivendi (voir La rem n°48, p.42), par ailleurs entré au capital du groupe Lagardère qui contrôle Hachette (voir La rem n°54bis-55, p.54) ; l’américain News Corp., propriétaire de Harpers Collins (1,7 milliard de dollars de chiffre d’affaires) ; enfin l’allemand Bertelsmann, propriétaire de l’éditeur américain Random House (3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires), lequel a finalisé le rachat du britannique Penguin en avril 2020 (voir La rem n°25, p.21).

Fragilisé par le confinement sur ses activités de travel retail, mais aussi par la bataille pour le contrôle de son capital, Lagardère a dû se retirer ; de même qu’Editis directement impliqué, à travers Vivendi, par un éventuel rachat de tout ou partie des activités d’édition de Lagardère. Restaient donc News Corp. et Bertelsmann : c’est ce dernier qui l’a emporté le 25 novembre 2020, jour de l’annonce de l’entrée en négociation exclusive avec Viacom. Mais le groupe allemand aura dû faire monter les enchères. Alors que Viacom avait envisagé une vente pour 1,2 puis 1,7 milliard de dollars, c’est finalement 2,18 milliards de dollars que Bertelsmann devra débourser pour s’offrir Simon & Schuster dont le chiffre d’affaires 2019 est de 683 millions d’euros. Le nouvel ensemble représentera ainsi 4,28 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans l’édition et détiendra une part de marché de 30 % aux États-Unis (20 % pour Random House et 10 % pour Simon & Schuster), largement donc devant ses concurrents (4 % pour Harper Collins et 6 % pour Hachette Book Group).

Il faudra toutefois que l’opération soit approuvée par les autorités américaines de la concurrence mais le nouvel ensemble compte arguer de la nécessité de disposer d’une taille critique pour négocier dans des conditions les moins déséquilibrées possibles par rapport aux libraires en ligne (Amazon) et, dans une moindre mesure, aux réseaux de librairies (Barnes & Noble). Il n’en demeure pas moins qu’avec un total de 350 maisons d’édition, le nouvel ensemble s’impose comme un géant que ses concurrents auront bien du mal à rattraper, les cibles de cette taille étant très rares sur le marché. Enfin, Bertelsmann pourra toujours jouer à son tour la carte de l’intégration verticale, le groupe allemand ayant aussi des activités de production audiovisuelle et d’édition de chaînes à travers Fremantle et RTL Group.

Sources :

  • « Hachette et Editis convoitent la maison d’édition américaine Simon & Schuster », Alexandre Debouté, Le Figaro, 14 août 2020.
  • « Rachat de Simon & Schuster : les groupes français en retrait », Nicolas Madelaine, Les Echos, 19 novembre 2020.
  • « Avec l’achat de Simon & Schuster, Penguin règne sur l’édition », Alexandre Debouté, Le Figaro, 26 novembre 2020.
  • « Opération à deux milliards dans le livre », Ninon Renaud, Véronique Le Billon, Les Echos, 26 novembre 2020.
  • « Les séries font flamber le prix des éditeurs », Alexandre Debouté, Enguérand Renault, Le Figaro, 14 décembre 2020. 
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