What3words, répertoire mondial d’adresses en trois mots

What3words est une start-up londonienne, qui a développé un système alternatif à la géolocalisation traditionnelle via GPS par la désignation d’un emplacement au moyen de trois mots du dictionnaire. Le service est disponible en 35 langues.

Après avoir déposé un brevet en avril 2013, Chris Sheldrick, Jack Waley-Cohen, Mohan Ganesalingam et Michael Dent ont créé What3words l’été 2013 avec, pour première langue opérationnelle, l’espagnol. Aujourd’hui, la société utilise une liste de vingt-cinq mille mots pour chacune des 35 langues, parmi lesquelles le hindi, parlé essentiellement dans le nord et le centre de l’Inde ; le marathi, autre langue indienne ; le xhosa et le zoulou, deux langues tonales d’Afrique australe ; le swahili d’Afrique de l’Est, ou encore la langue mongole. Depuis 2016, en Mongolie, le système postal national fait entièrement référence aux lieux par une série de trois mots, à la place des numéros de maison et des noms de rues. En décembre 2016, les services postaux de la Côte d’Ivoire ont suivi son exemple et s’appuient dorénavant sur le systéme de géolocalisation en trois mots de What3words pour assurer la distribution du courrier à domicile, plutôt que par la poste restante.

Pour fonctionner, le site web, les applications iOs et Android, ainsi qu’une API permettant la conversion des adresses What3words et des coordonnées de latitude et de longitude, utilisent une grille du monde composée de cinquante-sept mille milliards de carrés de trois mètres sur trois mètres, chaque carré correspondant à une séquence de trois mots. Par exemple, le cimetière du Père-Lachaise à Paris est situé à « visant.primitif.souffler » au lieu du géocodage traditionnel exprimé selon ses latitude et longitude 48.862725 – 2.2875920. Le service fonctionne au moyen d’un algorithme propriétaire relié à la base de données des vingt-cinq mille mots, les deux pouvant être stockés dans un fichier d’environ dix mégaoctets, (l’équivalent de deux titres de musique MP3) permettant ainsi un usage hors ligne du service.

Depuis 2013, l’entreprise a levé 14 millions de dollars et intéresse de plus en plus de sociétés ou d’organisations humanitaires qui voient plusieurs avantages à utiliser What3words. Le recours à trois mots pour désigner un lieu permet à quiconque de trouver n’importe quel endroit avec précision et d’en communiquer les coordonnées avec moins d’incertitude que tout autre système. En outre, les trois mots peuvent facilement être mémorisés, écrits ou partagés. Le système semble particulièrement approprié dans les pays où le système d’adresse n’est pas efficace ou lorsque la localisation d’un endroit ne correspond à aucune adresse précise, comme en pleine forêt, dans le désert, en haute montagne, ou encore dans des situations de crise, par exemple lors de catastrophes naturelles.

En 2015, les Nations unies, à l’aide de la société AnsuR Technologies, ont mis au point l’application UN Asign qui permet à l’organisation internationale de recueillir des photos et des rapports provenant directement des personnes lors de catastrophes naturelles. Les données telles que les points d’inondation, les bâtiments endommagés et les lignes électriques dangereuses sont automatiquement cartographiées via What3words, et aident à la connaissance globale de la situation et aux interventions. En septembre 2019, soixante-six services d’urgences (police, ambulances, pompiers, garde-côtes) ont utilisé What3words en Angleterre, afin d’identifier très précisément les endroits où intervenir.

What3words est utilisé dans des secteurs variés comme celui de l’automobile, par Tata Motors en Inde, les véhicules Ford ou Mercedes Benz les plus récents, ou encore Jaguar et Land Rover sur l’île de Mull en Angleterre. Sur ces voitures connectées, le système What3words interpréte les commandes vocales d’un conducteur, évitant de nombreuses confusions liées à la prononciation : à Londres, il existe 14 Church Roads différentes et à Mexico City, 632 Juarez streets.

L’application de messagerie la plus populaire en Corée du Sud, Kakao, équipée depuis avril 2019 du système What3words, permet à ses sept millions d’utilisateurs de se guider sans erreurs.

En ce qui concerne la logistique, la livraison, le commerce électronique, le tourisme, les festivals et l’organisation d’événements, ou même les drones, des entreprises de plus en plus nombreuses s’appuient sur les services de What3words pour offrir à leurs utilisateurs un système précis de localisation.

Pour les particuliers, le modèle économique repose sur un usage gratuit du site web, des applications ou de l’API, aussi longtemps que le volume des conversions entre l’adresse en trois mots et les latitude/longitude reste peu élevé. Les entreprises, quant à elles, sont facturées pour l’utilisation de l’API selon le volume de conversions des adresses. Par ailleurs, les organisations à but non lucratif et les organisations internationales bénéficient de barèmes spécifiques, voire de la gratuité du service.

Parmi les critiques émises à l’encontre du service figurent notamment celles de la communauté open source qui dénonce le caractère propriétaire et privé du logiciel. Pour répondre à cette critique, What3words s’est engagé à publier son code source : « Si nous, What3words Ltd, ne sommes plus en mesure de maintenir la technologie What3words ou de prendre des dispositions pour qu’elle soit maintenue par un tiers (ce tiers étant disposé à prendre le même engagement), alors nous publierons notre code source dans le domaine public. Nous le ferons, et avec les licences et la documentation appropriées, pour nous assurer que tous les utilisateurs de What3words, qu’ils soient des particuliers, des entreprises, des organisations caritatives, des agences d’aide, des gouvernements ou toute autre personne, puissent continuer à s’appuyer sur le système What3words ».

Sources :

  • What3words – what3words.com/news.
  • What3words – Wikipedia, fr.wikipedia.org/wiki/What3words.
  • « UN disaster app includes three word addresses », ee.co.za, September 7, 2015.
  • « Mongolia is changing all its addresses to three-word phrases », qz.com, June 13, 2016.
  • « Ivory Coast post office adopts three-word system », bbc.com, December 9, 2016.
  • « Injured at Glastonbury? Three little words will help medics find you », A Mathieson theguardian.com, September 20, 2017.
  • « Trois mots pour ne plus se perdre », Karl de Meyer, Les Echos Weekend, 19 avril 2019.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here