Le groupe allemand Springer en mal de stratégie

434

Après l’échec, en février 2006, du rachat de la chaîne ProSiebenSat 1, le groupe de presse allemand Springer a entamé une vaste politique de diversification de ses activités, avec notamment l’acquisition, annoncée en juin 2007, de PIN, le premier opérateur privé postal allemand. Springer avait alors dépensé 510 millions d’euros afin d’augmenter sa part dans le capital de PIN AG de 23,5 % à 71,6 % (voir le n°4 de La revue européenne des médias, automne 2007), auxquels s’ajoutaient environ 100 millions de dettes. L’ouverture totale à la concurrence du secteur postal allemand est fixée au 1er janvier 2008. Cependant, une loi votée au Bundestag le 14 décembre 2007, instaure un salaire minimum pour les facteurs de l’ordre de 8 à 9,80 euros de l’heure. Springer juge alors d’emblée que son offre de service postal n’est plus concurrentiel, le salaire horaire de PIN étant de 7,50 euros en moyenne. Ce revirement politique qui protège la Deutsche Post des retombées de la libéralisation du marché condamne PIN et ses 9 000 employés à la faillite. Face à « autant d’arbitraire », Axel Springer et le président du directoire Ma- thias Döpfner fustigent la classe politique allemande et choisissent de mettre fin à leur aventure postale. Les éditeurs Waz, Madsack et Holtzbrinck, actionnaires minoritaires de PIN, accusent le gouvernement de porter l’entière responsabilité du sort de l’entreprise pour laquelle Springer rejette toute idée de plan de sauvetage. A l’heure où la Deutsche Post perd son dernier pré carré avec l’ouverture à la concurrence de la distribution des lettres de 50 grammes, les autres segments du marché postal représentant 80 % de l’activité du secteur sont déjà dérégulés. La concurrence est rude et PIN était l’une des 750 entreprises privées à se disputer les parts de marché de l’ancien monopole.

C’est un revers de plus pour le groupe berlinois qui a dû renoncer récemment à plusieurs projets d’envergure tels que le lancement d’un quotidien à bas prix en France (voir le n° 4 de La revue européenne des médias, automne 2007) abandonné en juillet 2007, ou le rachat de 25,1 % du capital du groupe privé de télévision polonais Polsat, compromis faute d’accord avec les autorités polonaises en décembre 2007.

Dans le même temps, le groupe cède ses 12 % du capital de ProSiebenSat 1 aux propriétaires de la chaîne, les fonds d’investissement KKR et Permira, pour un montant de 509 millions d’euros. Selon les analystes financiers, Springer a créé une fois de plus la surprise en vendant ses parts, alors que le cours de l’action ProSiebenSat 1 était à un niveau très bas, 18 euros contre 30 euros durant l’été. Le montant de la vente correspond cependant au prix d’acquisition de PIN. Les choix stratégiques du groupe Springer sont mis en doute. Les perspectives de croissance de son activité principale, la presse, étant minimes à moyen terme, Springer ne peut dorénavant compter que sur l’évolution de ses revenus en provenance d’Internet et des médias numériques acquis hors d’Allemagne.

Sources :

  • « Les diversifications d’Axel Springer battent de l’aile », Pierre Bocev, Le Figaro, 12 décembre 2007.
  • « Le groupe Axel Springer cède sa participation dans ProSiebenSat.1 », G.P., Les Echos, 12 décembre 2007.
  • « Abandon de Pin : Axel Springer s’en prend vivement au gouvernement allemand », AFP in tv5.org, 15 décembre 2007.
  • « La diversification de l’éditeur Axel Springer en panne », Isabelle Repiton, La Tribune, 17 décembre 2007.
  • « La stratégie de diversification d’Axel Springer est mise à mal », Marie de Vergès, Le Monde, 18 décembre 2007.
  • « Axel Springer paye très cher son incursion dans le monde de la poste », AFP in tv5.org, 20 décembre 2007.

LAISSER UN COMMENTAIRE