Editis revient dans le groupe Vivendi au nom de la convergence

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L’annonce surprise des négociations exclusives entre Vivendi et Editis reconstitue en France un pan du géant de la communication que fut Vivendi-Universal au tournant des années 2000. Après la convergence, c’est désormais l’intégration des médias et de la communication qui est mise en avant.

Le lundi 30 juillet 2018, à l’occasion de la présentation de ses résultats trimestriels, Vivendi a publié un communiqué inattendu : le groupe est en effet entré en négociations exclusives avec l’espagnol Planeta pour lui racheter le numéro 2 de l’édition en France et le leader en Espagne et en Amérique latine : le groupe Editis. Pour Planeta, il s’agit d’abord de se désendetter, le groupe supportant une dette de 480 millions d’euros. Pour Vivendi, il s’agit de renforcer sa stratégie d’intégration entre médias et communication comme le font les grands groupes mondiaux, tels Viacom ou Disney qui exploitent d’abord des licences.

Avec Editis, l’objectif est de créer des synergies entre les personnages, les histoires que l’édition peut faire émerger, et des projets de jeux vidéo comme de production cinématographique ou audiovisuelle. L’exemple toujours mis en avant par Vivendi est celui de l’ours Paddington, un ours britannique dû à l’écrivain Michael Bond, qui a été ressuscité par Studio Canal en 2014. Le film Paddington 2 est sorti en 2017, la franchise étant également déclinée par Gameloft dans le jeu vidéo. Un projet de série TV est envisagé et peut-être même un parc à thèmes. Restera alors à produire aussi une comédie musicale autour des aventures de l’ourson !

L’opération valorise Editis 900 millions d’euros, le groupe d’édition ayant réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 759 millions d’euros et 60 millions d’euros de revenu opérationnel. Pour Editis, il s’agit d’un retour aux sources. Sous l’égide de Jean-Marie Messier, quand Vivendi s’était résolument engagé dans la convergence, la Compagnie générale des eaux (futur Vivendi) s’était mis d’accord avec Havas le 12 décembre 1996 pour en prendre le contrôle. Jean-Marie Messier récupérait à cette occasion un groupe puissant de communication, la marque Havas ayant été conservée pour ses activités publicitaires, et un éditeur majeur en France. Au sein de Vivendi, les activités d’édition d’Havas seront renommées Vivendi Universal Publishing (VUP) avant que ce dernier ne soit cédé à Lagardère en 2002 pour 1,25 milliard de dollars.

Leader français de l’édition, Lagardère devra se séparer de 60 % de VUP après l’examen de l’opération par les autorités bruxelloises de la concurrence. Les actifs revendus donneront naissance à Editis, qui changera de main jusqu’à rejoindre Planeta en 2008 (voir La rem n°8, p.40). Dix ans plus tard, Editis revient donc dans le giron de Vivendi. Le groupe de communication Havas, dont Vivendi avait cédé progressivement sa participation dans les années 2000, a lui aussi réintégré Vivendi en 2017, les deux entités disposant désormais avec Vincent Bolloré du même actionnaire principal (voir La rem n°42-43, p.73).

Sources :

  • « Paddington, un succès mondial pour l’ours européen », Nicolas Madelaine, Les Echos, 6 décembre 2017.
  • « Vivendi veut revenir dans le livre en faisant l’acquisition d’Editis », Chloé Woitié, Le Figaro, 31 juillet 2018.
  • « Avec Editis, Vivendi rajoute l’édition à sa palette de divertissements », Fabienne Schmitt, Les Echos, 31 juillet 2018.

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