Bertelsmann affiche un résultat 2007 en fort repli et veut se renforcer dans RTL Group

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Après des résultats décevants, le groupe Bertelsmann se recentre sur le numérique et l’audiovisuel et se sépare d’une partie de ses activités historiques dans la distribution de livres et DVD. Le marché américain est pour l’instant le premier concerné par ce désengagement.

Après une année 2006 record, avec un chiffre d’affaires de 19,3 milliards d’euros (+7,9 %) et un bénéfice net de 2,46 milliards d’euros (+ 16 %), l’année 2007 aura été décevante pour le géant européen des médias, Bertelsmann affichant un chiffre d’affaires en baisse de 2,8 %, à 18,8 milliards d’euros et un bénéfice net divisé par six à 405 millions d’euros. Les raisons du repli sont multiples et concernent tant les faibles performances des différentes filiales du groupe, à l’exception de RTL, que l’accumulation des charges exceptionnelles sur l’année 2007.

Ainsi, en 2007, Bertelsmann a dû s’acquitter pour sa régie publicitaire allemande IP Deutschland d’une amende de 96 millions d’euros imposée par la Commission européenne pour pratiques commerciales abusives. Le groupe a soldé l’affaire Napster et son contentieux avec Warner et Emi moyennant 245 millions d’euros. Enfin, il a dû inscrire des dépréciations d’actifs de 131 millions d’euros dans Prinovis, une société d’héliogravure d’Arvato, la branche imprimerie et services du groupe, et de 123 millions d’euros dans la chaîne britannique Five.

Mais les plus grosses difficultés sont venues du cœur historique de l’activité de Bertelsmann, la vente à distance de livres et DVD regroupée dans la filiale Direct Group. Cette dernière a affiché un chiffre d’affaires 2007 de 2,6 milliards d’euros, en recul de 3,7 %, mais surtout une chute de 90 % de son bénéfice opérationnel, passé de 110 millions d’euros à 10 millions d’euros entre 2006 et 2007. Le nouveau président du directoire depuis le 1er janvier 2008, Harmut Ostrowski, en a tiré toutes les conséquences. Considérant comme une erreur stratégique le renforcement de Direct Group en Amérique du Nord avec les rachats successifs de Columbia House, un club de DVD, en 2005, et de Bookspan, un club de livres, en 2007, Harmut Ostrowski a annoncé, lors de la présentation des résultats 2007, la mise en vente de Direct Group North America. La banque Morgan Stanley a été immédiatement mandatée pour vendre la filiale américaine de Direct Group, pourtant numéro un aux Etats-Unis, et qui représente un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros.

Ce revirement de stratégie sur l’activité historique de Bertelsmann prend acte à sa manière de l’importance du numérique, la vente physique des produits culturels étant chaque jour davantage fragilisée par la dématérialisation des échanges. Les marchés les plus rentables devraient toutefois être conservés, notamment en France (France Loisirs, Le Grand Livre du Mois), où Bertelsmann amorce son virage numérique, l’ensemble de ses enseignes de librairie devant être regroupées sous la marque Chapitre.com, la plate-forme de vente en ligne du groupe. En définitive, le groupe devrait se concentrer sur ses activités de contenus, la presse avec Gruner + Jahr, l’édition avec Random House, la musique avec Sony-BMG, et surtout les activités audiovisuelles, radio et télévision, avec RTL Group, seule filiale du groupe à voir son chiffre d’affaires et son résultat progresser en 2007.

Bertelsmann entend d’ailleurs prendre le contrôle de la totalité de RTL Group, le premier groupe audiovisuel européen avec au total 42 chaînes de télévision, dont M6 en France, Antena 3 en Espagne et Five au Royaume-Uni, ainsi que 32 radios en Europe, dont RTL en France. Cette stratégie, confirmée le 4 décembre 2007 par une proposition financière aux actionnaires minoritaires, n’a pas été suivie d’effet pour l’instant, mais s’inscrit dans l’objectif de Bertelsmann de retirer de la cote sa plus importante filiale. L’offre de Bertelsmann, qui détient 89,8 % du capital de RTL Group, n’a en effet pas su convaincre les actionnaires minoritaires, malgré les 82 euros proposés par action, soit un investisse- ment total de 1 milliard d’euros pour le rachat des 10 % de capital manquant à Bertelsmann.

Sources :

  • « Bertelsmann vise le contrôle total de sa filiale RTL », Pierre Bocev, Le Figaro, 5 décembre 2007.
  • « Bertelsmann songe à se séparer de ses clubs de livres », AFP in tv5.org, 10 décembre 2007
  • « Harmut Ostrowski se saisit des rênes de Bertelsmann », Sandrine Bajos, La Tribune, 11 décembre 2007.
  • « Bertelsmann renonce aux 100 % de RTL », Les Echos, 21 décembre 2007.
  • « Chapitre.com devient l’enseigne des librairies du groupe Bertelsmann en France », Antoine Boudet, Les Echos, 3 mars 2008.
  • « Bertelsmann peine à s’adapter à l’ère numérique », Karl de Meyer, Les Echos, 19 mars 2008.
  • « Bertelsmann renforce contenus et services », Jean-Philippe Lacour, La Tribune, 19 mars 2008.
  • « Bertelsmann réorganise ses activités après de piètres résultats », M.-C. B., Le Figaro, 19 mars 2008.

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