Articles & chroniques

Articles & chroniques

Il s’agit ici d’engager une réflexion sur la signification que revêt un thème d’actualité ainsi que les commentaires qu’il est susceptible d’appeler.

Les cinq paradoxes d’une presse qui se meurt

Comme une musique lancinante, le discours du déclin a conquis les esprits : la presse se meurt. Inscrite dans une course sans fin vers un hypothétique rattrapage technologique et éditorial, la presse s’essouffle. Est-il pourtant déjà trop tard ? Le dossier est complexe et les pièces à charge sont nombreuses : crise du marché et du modèle publicitaire, défiance des lecteurs attirés par de nouveaux canaux d’information, manque d’agilité des rédactions, retard technique, incertitudes éditoriales, etc. Quels arguments opposer dans ce procès en incompétence et en aveuglement ? Un procès expéditif qui fait table rase d’une expérience de plus d’un demi-siècle. Bref, que fait-on des atouts avérés de la presse ? Même si l’alchimie numérique n’opère pas, il y a des raisons d’y croire. Les paradoxes de cet échec sont nombreux, au premier rang desquels celui-ci : la presse perd sur son propre terrain, celui de l’information. La multiplication des modes de distribution et de diffusion de l’information aurait-elle annihilé ses compétences historiques qui puisent leurs racines dans le...

Les communs : la théorie du milieu

Le capitalisme numérique ravive paradoxalement la philosophie du partage A la mesure de la place qu’elle occupe dans les médias, « l’économie de partage » (sharing economy) ou « économie collaborative » est devenue une expression courante. Pas un jour sans que soit publiée une chronique sur ce sujet, auquel est désormais associée la notion de « communs ». Dans une société fragilisée par les bouleversements majeurs liés à l’impact de la numérisation sur l’ensemble des secteurs d’activité, on pourrait s’attendre à plus de pertinence. Or de nombreux discours d’experts, économistes ou non, sèment la confusion. Il serait pourtant bien utile de mener une réflexion, au-delà des clivages politiques et des lobbies, sur les phénomènes que désignent ces deux expressions. Un florilège d’idées reçues donne le ton du discours idéologique qui encadre les communs et l’économie de partage. Les premiers « opposeraient gratuité et sphère marchande » ou « désigneraient l’ensemble des biens matériels ou immatériels mis en partage », tandis que la seconde serait « synonyme...

La liberté de la presse : hyperliberté ou liberté absolue ?

Les événements tragiques dont la France a été le théâtre, entre le 7 et le 9 janvier 2015, ont ouvert à nouveau le débat sur la liberté de la presse, cette forme canonique de la liberté d’expression. Quelles sont ses limites ? Qui doit les fixer ? En sanctionner le franchissement ? Peut-on tout dire ? Tout montrer ? Tout moquer, tout caricaturer ? Les foules rassemblées autour d’un même slogan, le 11 janvier, ont rétabli, aux yeux de tous, à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières, l’éminence, la prééminence devrait-on dire, de la liberté de la presse. Ce n’est sans doute pas un hasard si le même mot « presse » désigne l’outil, cette machine à imprimer inventée par Gutenberg, la mission que les siècles lui ont assignée, informer les citoyens, permettre aux hommes de s’exprimer, de communiquer entre eux et, enfin, un idéal, servir la démocratie, dont le destin est inséparablement lié au sien. Car la presse, à travers sa diversité, est l’acteur, le témoin...

Le numérique « réinitialise » la presse

1. Remise en cause des fondamentaux 2. Paris économiques numériques 3. Génération de l’instantanéité 4. Breaking News versus Op-Ed Pour la presse d’information, c’est déjà demain. Remise en cause des "fondamentaux", bouleversements technologiques, attentes nouvelles du lectorat : il ne suffit plus cette fois pour les éditeurs d’ajuster les paramètres à la énième phase d’une crise qui perdure depuis des décennies. La presse d’information fait sa révolution numérique à marche forcée, gérant les acquis tout en basculant définitivement sur le Web 2.0. En cet hiver 2011-2012, de nombreux événements illustrent la tourmente dans laquelle la presse d’information est entraînée. Pour preuve, la multitude de rencontres et de colloques1,2,3 invitant journalistes, éditeurs, chercheurs et universitaires à se pencher sur son avenir. Quinze ans après le lancement grand public d’Internet, des journaux imprimés disparaissent tandis que de nouveaux pure players se lancent. Deux quotidiens nationaux français, France Soir et La Tribune, cessent de paraître en version imprimée. Le premier, généraliste, fleuron de la presse au tournant des années 1960 avec une...

Que restera-t-il du journalisme ?

Comment insuffler une pensée web au sein d’une rédaction dans les grands quotidiens, restructurés à coups de licenciements, de refondation des newsrooms et de marketing éditorial « réseaux sociaux centré » ? Le quotidien économique belge L’Echo vient de fêter ses 130 ans. Ecartelée entre l’héritage de la presse industrielle et la révolution numérique, la rédaction est abritée dans un immense entrepôt fait de briques, de verre et de fer forgé, et traversé par une voie de chemin de fer. Vestige, s’il en est, de la révolution industrielle, l’Entrepôt royal est situé dans le nord de Bruxelles. Il a aujourd’hui été reconverti en bureaux modernes où le Wi-Fi couvre le moindre centimètre carré, tout un symbole pour un média traditionnel en pleine transition vers une nouvelle ère ! La révolution numérique en marche implique un nécessaire retour aux fondements de la presse et du journalisme : concilier l’exigence d’une information analysée, hiérarchisée et « contextualisée », en prenant en compte le changement des modes de...

Liberté de la presse : l’Europe à nouveau coupée en deux...

Après avoir été trop longtemps sous le joug de l’Union soviétique, l’Europe centrale et orientale serait-elle sur le point de céder à d’autres démons ? Après avoir été « kidnappée », selon l’heureuse expression de Milan Kundera, la partie orientale du continent n’est-elle pas en train de dériver, s’éloignant toujours davantage de l’Union européenne qu’elle avait rejointe et de ses principes les plus sacrés, ceux auxquels elle s’était si joyeusement ralliée ? Selon l’une de ces ironies dont l’histoire a le secret, au totalitarisme d’hier succéderait ainsi, demain, un autoritarisme new look, sorte de régime hybride, mélange incestueux ou improbable de formalisme démocratique et de populisme liberticide, nouvel avatar d’un régime que Moscou ne pourrait sans doute pas renier. C’est du moins ce que donnent à penser les conclusions convergentes de deux observatoires de la liberté de la presse dans le monde, ayant pourtant de celle-ci et de ses conditions d’exercice des conceptions très différentes, voire opposées à bien des égards. Dans son classement annuel publié...

Pour une géopolitique des médias

Depuis les années 1980, la géopolitique connaît un certain succès. Elle le doit, en grande partie, non seulement aux efforts de ses spécialistes mais aussi à l’opinion publique qui demande à satisfaire sa curiosité pour comprendre les mutations d’un environnement mondial devenu plus complexe. Comme le soulignent Frédéric Lasserre et Emmanuel Gonon, nous assistons au « retour d’une discipline aujourd’hui à la mode ». La géopolitique, marginalisée après la Seconde Guerre mondiale dans la plupart des Etats développés, à l’exception des Etats-Unis, connaît un regain d’intérêt en fonction d’une demande croissante de connaissances sur la mondialisation des échanges, les litiges frontaliers, les conflits armés, les enjeux environnementaux, etc. « En opérant un syncrétisme d’observations politiques, économiques, géographiques, sociales, voire environnementales, propose une approche qui permet de rendre compte des enjeux de pouvoir sur des territoires et sur les images que les hommes s’en construisent »1. La géopolitique des médias peut être considérée comme l’une de ces approches de la discipline. En géographie, qui...

Robots et journalistes, l’info data-driven

Sur le web, les robots assurent près des deux tiers du trafic comme moteur de recherche, curateur, spammer et pirate. Dans la vie réelle, ils sont champion d’échecs, chauffeur, assistant chirurgien... Alors, pourquoi pas journaliste ? Outils d’une écriture « pilotée par les données » (data-driven), les robots arrivent dans les rédactions. Depuis les premiers essais concluants, illustrés notamment par les performances du programme informatique Stats Monkey, inventé par l’Infolab de l’université Northwestern (Evanston et Chicago, Illinois) et capable de générer en deux secondes le compte rendu d’un match de base-ball (voir REM n°17, p.54), les robots sont sortis des laboratoires pour devenir suppléants non seulement des communicants mais aussi des journalistes. Le 17 mars 2014, c’est un robot qui, le premier, annonça qu’un séisme venait de toucher Westwood Le 17 mars 2014, c’est un robot qui, le premier, annonça qu’un séisme venait de toucher Westwood, un quartier de Los Angeles. Présentée comme un « post rédigé par un algorithme créé par l’auteur », l’information fut publiée...

Photojournalisme : l’« ubérisation » avant l’heure

Retouchée, truquée, composée ou encore non autorisée : quand la photo de presse fait parler d’elle, c’est souvent pour de mauvaises raisons. Lorsqu’elle saisit sur le vif un moment violent de l’actualité, elle risque d’être vilipendée, mais déclenche en tout cas autant de passions que de débats, quant à son bien-fondé. Ce fut le cas, en septembre 2015, avec la parution de l’image d’un petit garçon syrien, Aylan Kurdi, mort noyé, sur une plage près de la ville de Bodrum, dans l’ouest de la Turquie, où les migrants affluent. Paradoxalement, la photo de presse, cliché réalisé par un journaliste, se fait de plus en plus rare, tandis que l’image, elle, est omniprésente, avec les photos et les vidéos qui s’imposent en nombre sur internet, relayées par les réseaux sociaux. Pourtant célébrée lors de festivals, comme Visa pour l’Image, grand rendez-vous de la photographie de reportage chaque été à Perpignan, la profession de reporter photographe est en train de disparaître. « Nous sommes devenus invisibles...

Le paradoxe de la presse écrite : un business model introuvable,...

Par Patrick-Yves Badillo et Philippe Amez-Droz La multiplication des « murs payants » (paywalls) caractérise les années 2010-2013 pour nombre d’éditeurs et de producteurs de contenus d’information en ligne. A l’ère de la gratuité pour les sites d'information se substitue celle du consentement à payer, qui se traduit par la déclinaison de l'offre en versions destinées à satisfaire, non pas un, mais des publics. Pourtant, un doute subsiste. La forte substituabilité et l'abondance de contenus informationnels gratuits sur l’internet, en particulier sur les réseaux sociaux, confèrent aux « murs payants » les caractéristiques d'un modèle toujours en phase d'expérimentation alors que le modèle gratuit, tirant ses ressources de la publicité, domine l'écosystème numérique. Au-delà d'un monde en ébullition, marqué par la crise et l'absence de modèle d’affaires pertinent, il apparaît qu'existe une multiplicité de solutions. En France, les difficultés économiques des sites nés en ligne (pure players) ont été soulignées tant par certains chercheurs que par l'actualité. Le taux de TVA de 19,6 % contre un taux...

La presse en ligne : le numérique impose de nouveaux acteurs...

Trop d’informations en ligne, de nouveaux acteurs agiles, des lecteurs intéressés par le meilleur et le pire  : la bataille de l’attention est lancée. L’offre de contenus en ligne est démesurée, y compris pour l’information d’actualité. Les contenus produits par les journalistes ne sont plus toujours de vraies informations. Certains journalistes travaillent aussi pour les annonceurs quand ils les secondent dans leurs campagnes de native advertising. Enfin, des sites dits d’information exploitent des contenus, des informations, des images produites par des amateurs ou des professionnels du divertissement. Cet aperçu rapide indique en creux une rupture profonde : le monde de la presse, ordonné autour de marques fortes et de pratiques professionnelles solides, est aujourd’hui obligé de redéfinir ses frontières. L’entreprise de presse, et ses journalistes, n’ont plus le monopole du marché. Les internautes lisent un peu de tout. Certes, les sites issus des titres historiques ont su résister aux nouveaux venus du numérique, mais jamais au point de les évincer dans les classements d’audience....

La diversité culturelle à la radio

A l’occasion d’un amendement sur les quotas de chansons francophones à la radio, le débat sur la régulation nationale à l’heure des plates-formes mondiales de l’internet a ressurgi. Il révèle les enjeux associés au légitime souci de diversité dans un contexte où certains acteurs échappent aux régulations les plus contraignantes. Avec la directive Télévision sans frontières de 1989, l’Union européenne inventait le protectionnisme audiovisuel comme condition d’une libéralisation des échanges commerciaux. C’est bien là le paradoxe de l’approche : les quotas d’œuvres européennes, dirigés donc contre la production extra-communautaire, ont été instaurés en échange de la création d’un marché unique de l’audiovisuel et du cinéma en Europe, qui depuis est resté embryonnaire. Le marché unique du cinéma et de l’audiovisuel n’a jamais vraiment été construit En effet, le marché unique du cinéma et de l’audiovisuel n’a jamais vraiment été construit, ce dont témoigne encore le projet de directive sur le marché unique du numérique qui devrait imposer la portabilité des droits pour les abonnés nationaux seulement. Presque...