Articles & chroniques

Articles & chroniques

Il s’agit ici d’engager une réflexion sur la signification que revêt un thème d’actualité ainsi que les commentaires qu’il est susceptible d’appeler.

À propos des 70 ans du CNC, une longue marche vers...

La création en 1946 du Centre national de la cinématographie, en vertu de la loi votée le 5 octobre par l'Assemblée nationale constituante, promulguée le 25, n'a pas été seulement, pour le cinéma français, le début d'une nouvelle histoire qui se poursuit aujourd'hui. Elle fut d'abord un aboutissement : celui, longtemps différé, d'une revendication incessamment réitérée des professionnels du cinéma, désireux, dès les premiers temps, d'obtenir pour leur industrie et pour l'art original qui en est issu, une vraie reconnaissance de leur identité et de leur dignité. En clair, un statut juridique et administratif qui lui soit propre. En fait de statut, les gouvernements s’étaient souvent bornés jusqu'alors à des aménagements successifs de la censure, assortis parfois, mais pas toujours, des meilleures intentions. Ce sont bien du reste les abus de la censure, associés aux rudesses de la fiscalité, qui ont nourri, plusieurs décennies durant, cette revendication devenue lancinante. La malédiction foraine Dès les premiers temps du cinéma, les « fabricants de films », ainsi qu'on les désignait...

Fake news, fake tech ! Vers un plan IA pour demain

Les professionnels de l’information, ainsi que les citoyens auxquels ils s’adressent, se remettent à peine de leur entrée contrainte et forcée dans l’ère de la post-vérité, marquée par l’avalanche de fake news relayées par les réseaux sociaux, qui a étouffé le débat démocratique à l’occasion du Brexit et de la campagne présidentielle américaine durant l’année 2016. Les agences de presse et les médias, secondés par les géants du Net, se mobilisent et dégainent l’arme du fact checking. Le « phénomène fake news » provoque pour le moins de sérieuses inquiétudes quant à la place accordée aujourd’hui aux technologies numériques. Malgré la rapidité et l’ampleur de leur propagation, celles-ci se sont immiscées subrepticement, voire secrètement, dans les moindres recoins de la vie économique et sociale. Sans aucun doute, parce que leur omniprésence apporte aux utilisateurs des facilités sans précédent. Dans un esprit work in progress, à l’instar des start-up qui les inventent, des changements majeurs sont en cours. Ils se mesurent au déploiement de nouveaux secteurs d’activité nés du numérique comme les adtech...

Intelligence artificielle, nouveau monde

Interview de Jean-Gabriel Ganascia Propos recueillis par Françoise Laugée Deep learning, réseaux de neurones, apprentissage supervisé, apprentissage non supervisé, apprentissage par renforcement… En quoi ces termes renvoient-ils à ce que l’on nomme intelligence artificielle ? Pour bien comprendre la signification de ces termes, il faut se référer à l’histoire de leur apparition qui advint très tôt, au XXe siècle, dans les années 1940 et 1950. Plus précisément, tout débute en 1943, avant même la construction des premiers ordinateurs électroniques, alors que l’on commence seulement à fabriquer des calculateurs électromécaniques, c’est-à-dire des machines capables de réaliser des opérations arithmétiques très rapidement, au moyen de relais téléphoniques. L’idée, assez naturelle somme toute, de dresser un parallèle entre ces machines et nos cerveaux, traverse les pensées d’un brillant mathématicien, Walter Pitts, qui, âgé d’à peine vingt ans à l’époque, écrit avec un neurologue, Warren McCulloch, un article intitulé « Un calculateur logique des idées immanentes dans l'activité nerveuse ». L’IDÉE, ASSEZ NATURELLE SOMME TOUTE, DE DRESSER UN PARALLÈLE ENTRE CES MACHINES ET NOS CERVEAUX Il y démontre qu’en organisant des...

La publicité en ligne doit faire sa révolution

En choisissant de mettre gratuitement en ligne leurs quotidiens et en espérant que les internautes finiront par revenir dans les kiosques une fois convertis à un titre, les éditeurs de presse ont fait le choix, dès le milieu des années 1990, d’une dépendance accrue vis-à-vis des marchés publicitaires. Celle-ci s’est accentuée au tournant des années 2000 avec l’émergence des forfaits illimités d’accès à internet, conduisant les internautes à exiger un maximum de contenus en libre accès. Au même moment, Google imposait son moteur de recherche qui, grâce à l’indexation du web, donnait pour la première fois un accès précis à la diversité de l’offre en ligne. À ce moment-là, l’internet et la publicité ont scellé leur union, s’imposant définitivement dans les usages malgré toutes les tentatives des éditeurs pour développer le paiement en ligne. LE MARCHÉ DE LA PUBLICITÉ EN LIGNE A TRÈS VITE RENCONTRÉ SES LIMITES QUANT AU DEGRÉ D’ACCEPTATION DES INTERNAUTES Mais le marché de la publicité en ligne a très vite rencontré ses...

NationBuilder : le big data et les campagnes électorales

En France comme aux États-Unis, les campagnes électorales auront été marquées, en 2016 et 2017, par l’entrée en lice du big data. Plusieurs semaines après l’élection de Barack Obama, en novembre 2008, Joe Trippi qui était le conseiller du candidat démocrate Howard Dean en 2004, déclarait : « Avec ces nouveaux outils, les choses ont radicalement changé. » Ariana Huffington, fondatrice du célèbre HuffPost, allait plus loin : « Sans internet, Obama ne serait pas président. » Mais dix ans plus tard, à l’occasion des campagnes présidentielles de 2016-2017, aux États-Unis comme en France, une nouvelle étape était franchie : grâce à des algorithmes puissants, capables de traiter des multitudes de données, les candidats disposaient de suites logicielles qui leur offraient un secours quasiment indispensable pour le pilotage de leur campagne. En 2008, Obama avait utilisé pour la première fois le logiciel Blue State Digital, non seulement pour collecter des fonds, mais également pour faire connaître l’intégralité de son programme. La plate-forme fut adoptée en 2012 par François Hollande, en 2014 par Anne Hidalgo...

Le conflit des souverainetés : Apple et le FBI

Apple doit trouver les moyens de diversifier son chiffre d’affaires, trop dépendant des seules ventes d’iPhone, ce qui se traduit par l’importance nouvelle accordée aux services et aux données personnelles des utilisateurs d’iPhone. Dans ce contexte, Apple s’érige en gardien du respect de la vie privée, ce qui l’a conduit à s’opposer aux demandes d’un juge américain concernant le déverrouillage de l’iPhone de l’un des terroristes de la fusillade de San Bernardino. Réglée par un tiers qui a permis de hacker l’iPhone concerné, cette affaire aurait pu être l’occasion d’établir une doctrine claire afin d’articuler le droit à la vie privée et l’exigence de sécurité. A l’occasion de la publication de ses résultats pour le dernier trimestre 2015, Apple a franchi un nouveau record : l’entreprise a réalisé un profit net de 18,4 milliards de dollars, un chiffre jamais atteint par aucune entreprise jusqu’alors. Et, pourtant, les ventes d’iPad et celles de Mac sont en baisse, les ventes d’iPhone résistent, avec une croissance toutefois limitée à...

Liberté de la presse : l’Europe à nouveau coupée en deux...

Après avoir été trop longtemps sous le joug de l’Union soviétique, l’Europe centrale et orientale serait-elle sur le point de céder à d’autres démons ? Après avoir été « kidnappée », selon l’heureuse expression de Milan Kundera, la partie orientale du continent n’est-elle pas en train de dériver, s’éloignant toujours davantage de l’Union européenne qu’elle avait rejointe et de ses principes les plus sacrés, ceux auxquels elle s’était si joyeusement ralliée ? Selon l’une de ces ironies dont l’histoire a le secret, au totalitarisme d’hier succéderait ainsi, demain, un autoritarisme new look, sorte de régime hybride, mélange incestueux ou improbable de formalisme démocratique et de populisme liberticide, nouvel avatar d’un régime que Moscou ne pourrait sans doute pas renier. C’est du moins ce que donnent à penser les conclusions convergentes de deux observatoires de la liberté de la presse dans le monde, ayant pourtant de celle-ci et de ses conditions d’exercice des conceptions très différentes, voire opposées à bien des égards. Dans son classement annuel publié...

Les communs : la théorie du milieu

Le capitalisme numérique ravive paradoxalement la philosophie du partage A la mesure de la place qu’elle occupe dans les médias, « l’économie de partage » (sharing economy) ou « économie collaborative » est devenue une expression courante. Pas un jour sans que soit publiée une chronique sur ce sujet, auquel est désormais associée la notion de « communs ». Dans une société fragilisée par les bouleversements majeurs liés à l’impact de la numérisation sur l’ensemble des secteurs d’activité, on pourrait s’attendre à plus de pertinence. Or de nombreux discours d’experts, économistes ou non, sèment la confusion. Il serait pourtant bien utile de mener une réflexion, au-delà des clivages politiques et des lobbies, sur les phénomènes que désignent ces deux expressions. Un florilège d’idées reçues donne le ton du discours idéologique qui encadre les communs et l’économie de partage. Les premiers « opposeraient gratuité et sphère marchande » ou « désigneraient l’ensemble des biens matériels ou immatériels mis en partage », tandis que la seconde serait « synonyme...

La diversité culturelle à la radio

A l’occasion d’un amendement sur les quotas de chansons francophones à la radio, le débat sur la régulation nationale à l’heure des plates-formes mondiales de l’internet a ressurgi. Il révèle les enjeux associés au légitime souci de diversité dans un contexte où certains acteurs échappent aux régulations les plus contraignantes. Avec la directive Télévision sans frontières de 1989, l’Union européenne inventait le protectionnisme audiovisuel comme condition d’une libéralisation des échanges commerciaux. C’est bien là le paradoxe de l’approche : les quotas d’œuvres européennes, dirigés donc contre la production extra-communautaire, ont été instaurés en échange de la création d’un marché unique de l’audiovisuel et du cinéma en Europe, qui depuis est resté embryonnaire. Le marché unique du cinéma et de l’audiovisuel n’a jamais vraiment été construit En effet, le marché unique du cinéma et de l’audiovisuel n’a jamais vraiment été construit, ce dont témoigne encore le projet de directive sur le marché unique du numérique qui devrait imposer la portabilité des droits pour les abonnés nationaux seulement. Presque...

Quelle modernité pour la presse d’information ?

Interview de Julia Cagé - Propos recueillis par Françoise Laugée Tout d’abord, comment définir la presse d’information ? Face à l’infinie diversité de l’offre sur le web, qu’est-ce qui, aujourd’hui, caractérise une entreprise de presse d’information ? Et finalement, qu’est-ce qu’une information ? La presse d’information, pour laquelle on utilise en France la terminologie Information politique et générale (IPG), est la presse qui donne à lire à ses lecteurs, sur papier ou sur internet, une information en lien direct avec l’actualité qui permet d’alimenter le débat démocratique. L'information est souvent définie en opposition à ce qui n’en est pas Aux Etats-Unis, on utiliserait la terminologie « hard news » (que James T. Hamilton1 définit principalement comme les informations qui couvrent la politique et le gouvernement), par opposition aux « soft news » (qui relèvent davantage du loisir) ou encore « commodity news » ou « plain vanilla news » pour reprendre l’expression d’Alex Jones2. En fait, l’information est souvent définie en opposition à ce qui n’en est pas, à ce qui concerne...

La PQR et la politique

Interview de Pierre Albert Propos recueillis par Francis Balle Les élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 en France ont rouvert le débat sur l’opportunité et l’efficacité de l’engagement de la presse et de la PQR, du moins quand elle estime, à tort ou à raison, que les circonstances l’exigent. Dans quelles mesures des quotidiens régionaux, qui se disent et se veulent indépendants, sont-ils fondés à prendre parti ? Dans quelles circonstances ? Jusqu’à quel point ? Six jours avant le premier tour, La Voix du Nord s’engage, avec pour titre : « Pourquoi une victoire du FN nous inquiète », illustré en première page d’une photo en noir et blanc de Marine Le Pen annonçant dans les pages intérieures un argumentaire en cinq points. Dans un éditorial du 6 mai 2002, le grand quotidien du Nord avait déjà appelé à voter contre Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. En 2015, Gabriel d’Harcourt, directeur général délégué du journal justifiait ainsi cet engagement :...

Photojournalisme : l’« ubérisation » avant l’heure

Retouchée, truquée, composée ou encore non autorisée : quand la photo de presse fait parler d’elle, c’est souvent pour de mauvaises raisons. Lorsqu’elle saisit sur le vif un moment violent de l’actualité, elle risque d’être vilipendée, mais déclenche en tout cas autant de passions que de débats, quant à son bien-fondé. Ce fut le cas, en septembre 2015, avec la parution de l’image d’un petit garçon syrien, Aylan Kurdi, mort noyé, sur une plage près de la ville de Bodrum, dans l’ouest de la Turquie, où les migrants affluent. Paradoxalement, la photo de presse, cliché réalisé par un journaliste, se fait de plus en plus rare, tandis que l’image, elle, est omniprésente, avec les photos et les vidéos qui s’imposent en nombre sur internet, relayées par les réseaux sociaux. Pourtant célébrée lors de festivals, comme Visa pour l’Image, grand rendez-vous de la photographie de reportage chaque été à Perpignan, la profession de reporter photographe est en train de disparaître. « Nous sommes devenus invisibles...